Tenet Royaume-Uni, Etats-Unis 2020 – 150min.

Critique du film

Tacet

Lino Cassinat
Critique du film: Lino Cassinat

Chacun de ses films sont d’ordinaire très attendus, et avec un été privé de blockbuster, il est carrément vu comme un messie pouvant raviver la fréquentation en berne des salles de cinéma: Christopher Nolan nous revient avec son nouveau puzzle quantique intitulé Tenet. Mais cette fois-ci, il est fort probable que le film divise très fortement.

Un agent secret anonyme découvre qu’une nouvelle technologie dépassant l’entendement a été mise au point. Malheureusement, sa simple existence ne peut signifier que deux choses: quelqu’un ou quelque chose souhaite la fin de toutes choses, et cette entité ne peut pas être de ce monde...

Difficile exercice que d’introduire un film comme Tenet. D’abord parce qu’avec son intrigue et son concept redoutablement complexe, ses scènes d’action surprenantes et du haut de ses quasiment trois heures, il y a beaucoup trop à en dire, tant Tenet est riche et particulier, dans ses défauts comme dans ses qualités. Impossible d’être exhaustif, mais s’il y avait une essence à extirper du film, c’est qu’il est plus royaliste que le roi: en somme, plus Nolanien que tous les films de Nolan, extrémisant le boire et le manger typiquement servis par l’auteur, seul à la barre du scénario.

Ainsi, Nolan, qui n’a jamais brillé par la souplesse de ses récits corsetés à l’extrême et encore moins par ses dialogues, touche ici le fond et atteint un niveau purement et simplement exécrable. Pas une seule seconde parlée de Tenet ne sonne juste, et tout est prétexte à délivrer une explication mystifiante et lourdingue ou une maxime quantico-métaphysique à deux doigts du babillage de gourou Wacoan sous LSD. Même le casting est écrasé par la pesanteur de leurs répliques absconses, et il fallait bien John David Washington et Robert Pattinson, ici deux colonnes de charisme s’élevant jusqu’à Jupiter, pour réussir à les porter tant bien que mal et casser un peu la rigidité métallique du script, d’autant plus face à la caractérisation au lance-grenade de l’antagoniste «principal» ( Kenneth Brannagh) et du seul personnage féminin (Elizabeth Debicki).

Et pourtant. Malgré tant de balles dans le pied, Tenet s’avère un excellent moment à passer, pour qui est capable d’ignorer les pires tics du style Nolanien (et l’auteur de ces lignes y est plutôt réfractaire). «Ne cherchez pas à comprendre, plutôt à ressentir», dit un personnage en début de film alors que celui-ci entame une phase particulièrement touffue de son déroulé. Nombreux sont ceux qui y ont vu un aveu d’échec narratif du film, admettant une incapacité à s’énoncer simplement. Mais si elle est cette condamnation, comme le chat de Schrödinger, elle est en même temps son salut. Car il suffit que Tenet abandonne enfin le langage des mots et commence enfin à employer celui des images pour que le spectateur soit emporté par une expérience rare du temps et de l’espace, à la limite de l’anomalie pour un blockbuster hollywoodien, tant les sphères abstraites conjurées par le film donne un vertige proche de l’effroyable, semblable dans ses envoûtements fantomatiques et sa mise en scène de l’invisible à Kaïro, pourtant un film radicalement différent.

C’est en définitive lorsque Tenet se tait qu’il communique le plus, et sans ne rien vous gâcher de ce qu’il transmet, il révèle un sentiment infiniment triste jusqu’ici seulement entr’aperçu chez Nolan. C’est lorsqu’il explose à l’écran que Tenet devient alors indéniablement beau, spectaculaire (Nolan est ici au sommet de sa mise en scène de l’architecture contemporaine qui lui est si chère), magique, mais surtout, émotionnellement puissant, même en dépit d’un ultime dénouement aux petits pieds. Le plus impressionnant paradoxe de Tenet n’est donc pas physique mais artistique: transporter au bon endroit avec une œuvre empruntant le mauvais chemin.

24.08.2020

3.5

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Commentaires

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moimemeclement

il y a 2 jours

TENET est écrit et réalisé par Christopher Nolan.
Je ne vous l'apprend pas.
L'idée du film est très bien pensé malgré le fait qu'on ne comprend pas tout le film d'une fois le générique lancé.
Je me réjouis de le revoir à nouveau.
Je vous conseil d'aller voir ce film qui mérite plus qu'il le disent dans les critiques publiés sur YouTube.
Je vous conseil de ne pas visionner les critiques du film avant le film.
Les critiques de TENET ne donnent pas envie de regarder le film.
Personnellement, j'ai passé un bon moment durant 2 h 30.
J'ai préféré le film que la bande annonce.
TENET n'est pas écrit depuis la fin.
J'aurais préféré que le scénario soit du début à la fin à l'envers.
Mais, on ne peut pas être parfait dans tous les détails.
Je vous souhaite du plaisir en regardant TENET.Voir plus


Casper73

il y a 11 jours

No time to lie
Enfin, le dernier Nolan est un film généreux qui nous offre un héros entre James Bond et Kingsmen avec la palette du réalisateur d’interstellar. Sans, selon moi, toucher la hauteur d’Inception, il permet un extraordinaire moment de cinéma.
De plus, dans un carré magique (opéra aéroport sator tenet) rehaussé par la classe de John David Washington et la gouaille de Robert Pattinson, les scènes d’action sont dosées et sans violence gratuite. J’aurais aimé le rôle de l’héroïne féminine un peu plus affirmé mais j’ai découvert grâce à elle que la crème solaire pouvait aider à faire disparaître un corps et une boîte à bijoux receler l’arme d’une femme.
Dans le but d’éviter une troisième guerre mondiale, des hommes sont formés à contrer une digression temporelle et à rechercher une fuite de plutonium, pour commencer.Voir plus


vincenzobino

il y a 15 jours

Bons baisers de ces dames.
Opéra de Kiev: une représentation est sur le point de débuter lorsqu’un commando l’investit afin d’attraper un oligarque russe, Sator. Pourquoi donc la CIA s’intéresse tant à cet individu pouvant déclencher la fin de l’humanité? Un agent choisi comme protagoniste est appelé à vivre une étrange mission à travers l’espace-temps.
Le voici donc cet opus Nolanien 2020, impatiemment attendu par votre serviteur. Le synopsis présentait une sorte de James Bond 007. Le cocktail s’avère explosif et irritant à la fois.
Durant la première heure, vous n’allez pas comprendre grand chose et avec raison : une apparente mission de sauvetage de la planète avec son lot espace-temps familier chez Chris; de multiples interrogations sur bien des personnages et un sentiment de prise de tête certain.
Il faut, et c’est la force du film, attendre l’ultime tiers pour y voir clair et comprendre le message et l’hommage à la fois de Nolan: un message contradictoire avec son entame, et un hommage envers vous, Mesdames!!! Prêtez particulièrement attention à deux protagonistes féminines dont le rôle sera primordial.
Toujours la même virtuosité de mise en scène avec certes une écriture plus complexe à mon sens que Interstellar, voire Inception, mais un sentiment final de mission accomplie.
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