Adam Belgique, France, Maroc, Etats-Unis 2019 – 98min.

Critique du film

Portraits de femmes naufragées au cœur de Casablanca

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

Le premier film de Maryam Touzani s’attarde sur le destin croisé de deux femmes brisées par la vie et les hommes. Fort, authentique et sans fard, Adam traite de la maternité, de la condition de la femme au Maroc, mais livre surtout le portrait poignant de deux femmes naufragées de la vie qui se sauvent mutuellement.

Elle déambule péniblement dans les rues de la Médina de Casablanca, Samia (Nisrin Erradi), une jeune femme enceinte bientôt à terme, signe du déshonneur, frappe à toutes les portes à la recherche d’un travail et d’un toit. Toutes restent closes jusqu’à ce qu’Abla (Loubna Azaba), une pâtissière du quartier vivant seule avec sa fille, lui réponde. Froide et peu amicale de prime abord, Abla accepte d’héberger la jeune femme. Petit à petit, Samia fait sa place, travaille avec Abla. À travers les gestes et les regards, les deux femmes tissent des liens et parviennent sans le savoir à se sauver l’une l’autre de destins malheureux.

Inspiré d’une jeune femme enceinte de huit mois, forcée de quitter son village, que la famille de la réalisatrice avait recueilli jadis, le récit d’Adam tourne autour de plusieurs thématiques. De la maternité, en passant par la solidarité féminine et de la condition de la femme au Maroc, le film, en apparence sombre, est porteur d’espoir.

Projeté dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes en 2019, le film de Maryam Touzani, coscénariste de Much Loved et Razzia de Nabil Ayouch, se lit comme deux portraits de femmes. L’une jeune, portant en elle la honte, honte d’avoir pêché. Un enfant hors mariage reste un déshonneur au Maroc. L’autre veuve, rongée par la tristesse et la nostalgie d’une vie autrefois heureuse. Deux femmes qui ont un commun une solitude absolue, dirigées par un sentiment d’impuissance, poussées l’une vers l’autre par le destin. Vouées à souffrir, elles trouvent leur salut en l’autre.

Incarnés merveilleusement par Loubna Azabal et Nisrin Erradi, les deux personnages s’apprivoisent petit à petit. À travers des scènes de la vie quotidienne, la réalisatrice filme l’intimité, la proximité et la douleur de ces deux femmes de façon émouvante, déchirante parfois lorsque Samia est à deux doigts de commettre l’irréparable. Sans artifices, Adam est une mise à nu des émotions enfouies qui finissent par éclater, un chemin de croix nécessaire qui fera place nette à une renaissance.

En bref!

Une tranche de vie brute et intense de la vie de deux femmes qui se sauvent mutuellement et apprennent à vivre à nouveau. D’un récit d’une tristesse infinie qui, paradoxalement, se révèle être un message d’espoir, Adam, film sur des femmes réalisé par une femme, libère la beauté et la force de celles qui donnent la vie mais qui la subissent trop souvent.

04.02.2020

4

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Commentaires

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Casper73

il y a 1 mois

Porteuses de vie.

En caftan bleu ciel, Samia frappe à toutes les portes pour trouver un travail et un abri. Les gardiennes de ces huis se font Cerbères. Samia est enceinte.
Le premier sourire sera celui d’une fillette. Sa maman, jeune veuve statufiée de douleur se laissera toucher par la situation. Entre ces deux femmes se tissera la vie et le portage mutuel visant à l’indépendance et la fructification de la vie.

Samia la sublime signifie « élevée », elle sera relevée. Adam va se lover contre le cœur de celle qui l’a mis au monde. Cette vie prise sera-t-elle la genèse d’un avenir offert ?

Très délicat, tout en échanges nuancés, ce film m’a grandement touchée.Voir plus

Dernière modification il y a 1 mois


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