Mourir peut attendre Royaume-Uni, Etats-Unis 2020 – 163min.

Critique du film

Daniel Craig tire sa révérence devant la caméra de Cary Fukunaga

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

Il était attendu comme le messie, et c’est peu de le dire. Il aura fallu 6 ans depuis le dernier opus, « Spectre », pour que 007 se fraie à nouveau un chemin vers les salles obscures, et quelques 18 mois de tergiversations liées à la pandémie pour que ce 25ème chapitre, réalisé par l’Américain Cary Joji Fukunaga et marquant le départ de Daniel Craig de la franchise, puisse être enfin dévoilé. Alors, le métrage messianique censé rebooster un secteur du divertissement logiquement moribond depuis près de 2 ans répond-il aux attentes ?

James (Daniel Craig) est désormais à la retraite. Entre parties de pêche, sorties en voilier et virées en jeep, 007 coule des jours paisibles en short sur les plages de Jamaïque. Mais Bond a vite fait d’être rattrapé par son passé d’espion : un agent de la CIA et ami de longue date, Felix Leiter (Jeffrey Wright), refait surface pour lui proposer une mission ayant pour objectif de sauver un scientifique russe (David Dencik) des griffes d’une bande de malfrats aux intentions peu catholiques.

Mais Bond n’est pas tout seul sur le coup, le MI6 est également de la partie avec sa nouvelle recrue, l’agente Nomi, matricule… 007 (Lashana Lynch), à la recherche du même individu. Finalement réunis pour contrer les aspirations démoniaques des êtres malfaisants, Bond et Nomi seront amenés à en découdre avec un méchant, Lyutsifer Safin (Rami Malek), doté d’armes biologiques dévastatrices.

Il va diviser autant qu’il va plaire, « No Time To Die », de son titre original, signe le 5ème et dernier tour de piste de Daniel Craig dans le costume du séducteur le plus célèbre du monde. 15 ans après « Casino Royale », c’est un toujours très fringant Daniel Craig qui reprend du service dans un contexte un peu particulier puisque la relève, incarnée par Lashana Lynch, joue des coudes. Et des personnages féminins, on nous en avait vendu durant les longs mois d’attente qui ont précédé la sortie du film. La production avait même embauché une autrice de choix en la personne de Phoebe Waller-Bridge, géniale créatrice de la série « Fleabag », venue gonfler les rangs des scénaristes déjà aux commandes, Neal Purvis, Robert Wade, et Cary Fukunaga, et insuffler complexité et modernité aux personnages féminins. Et c’est malheureusement un des points faibles du film : des personnages féminins trop peu exploités, à l’instar de Paloma, une agente secrète badass déguisée en godiche, interprétée par une très habile Ana de Armas, qui aurait mérité quelques lignes de script en plus.

Si « Mourir peut attendre » souffre de quelques faiblesses scénaristiques, ce 25ème volet reste toutefois un film bourré de qualités qui en met plein les yeux. Quelques petites touches d’humour ici et là, de très belles scènes d’action, dont on retiendra la très impressionnante course poursuite dans les rues de la cité italienne de Matera et des paysages de cartes postales comme les eaux turquoises de la Jamaïque, clin d’œil à I’île où Ian Fleming a écrit les aventures de 007, « Mourir peut attendre » ne déroge pas à certaines règles des classiques du genre 007. Et pourtant, cet opus opère réellement un virage en faisant la part belle à l’émotion et aux doutes avec un Bond plus sensible que jamais, tentant de naviguer dans sa relation avec Madeleine, interprétée par Lea Seydoux.

Pari audacieux que de miser sur Cary Fukunaga après la démission de Danny Boyle initialement à la barre de la réalisation. Si Fukunaga est plus connu pour des films aux budgets bien plus modestes, tels que « Sin nombre » ou « Beasts of No Nation », il a démontré un savoir-faire incontestable en signant la brillante première saison de « True Detective », et a su porter le projet Bond avec toute la maîtrise qu’on lui connaît. Des plans soignés, un rythme qui ne s’essouffle jamais durant les 2h43 de film, le cinéaste peut se targuer d’avoir amorcé un tournant revigorant dans la très formatée saga Bond en proposant une facette différente du héros, lui prodiguant au passage plus d’humanité. Laissant désormais la place à la relève, Daniel Craig s’offre un tout dernier terrain de jeu de qualité dans la peau de 007.

01.10.2021

4

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 10 jours

“Tournée d’adieu”

Avec sa compagne Madeleine Swann, James se rend en Italie pour se recueillir sur la tombe de Versper Lynd, celle qu’il a aimée jadis. L’organisation Spectre l’y attend et tente de le tuer. Alors que dans l’ombre, un homme dangereux appelé Safin trépigne déjà.

Le 25e opus de la saga à succès s’est fait attendre, refroidi par une épidémie virale. Après d’âpres tractations, le voilà enfin sur le grand écran, seul endroit vraiment adapté pour en apprécier le spectaculaire. Cascades et mitraille sont au rendez-vous, belles voitures, gadgets, cocktails et smoking impeccable aussi. Le placement de produit se poursuit. Quant aux « girls », elles prennent encore du galon en évitant au possible de jouer les tentatrices ou les victimes éplorées. Et si le prochain 007 se déclinait en noir et au féminin ?

L’énième scénario machiavélique et le grand méchant du jour ne resteront pas dans les mémoires, mais l’humour saupoudré par-ci par-là, comme ce plan Q avorté, parvient à dérider l’ensemble. La réalisation est efficace, se distinguant dans la séquence initiale proche du cinéma d’horreur ou celle de la forêt aux brumes fantastiques.

Mais le film est avant tout une longue tournée d’adieu avec pour volonté de boucler la boucle amorcée au Casino Royale quinze ans plus tôt. Entre Londres, la Jamaïque et Cuba, en passant par la Norvège et le Japon, le voyage autour du monde est lancé. Il convient de clore les histoires entamées, au risque de lasser après 163 minutes d’effort, et dire au revoir, non sans une certaine émotion, à Daniel Craig et son personnage aux amours impossibles. Le temps et l’eau sont des éléments récurrents ici, symboles de vie, de repos éternel ou de renaissance. Avec cette question sur les traces que nous allons laisser au monde une fois disparu : une arme biologique, un enfant, une figure impérissable ? James Bond est mort, vive James Bond.

(7/10)Voir plus

Dernière modification il y a 10 jours


Eric2017

il y a 13 jours

Ce Bond je l'ai vu deux fois. Lors de la première vision, c'était dans une salle où l'écran et le son n'étaient pas du tout à la hauteur d'un tel film. Du coup cet opus m'a paru "plat et vide" presque insignifiant. Me méfiant, je suis donc retourné le voir dans une salle Pathé, et là j'ai découvert un film excellent. Le tandem Craig-Seydoux fonctionne à merveille et sincèrement je me demande bien qu'elle sera la suite de cette saga, si suite il y aura, et dans ce cas avec qui dans le rôle principal ! Je souhaite vivement que la production ne tombe pas dans le politiquement correct en choisissant le prochain 007 ! Un très bon film d'espionnage prédicateur si l'on tient compte de l'année où il a été tourné. Étrange !
(F-03.10.21)Voir plus

Dernière modification il y a 13 jours


vincenzobino

il y a 15 jours

4.5: Rien que pour tes yeux
Blofeld arrêté, James ayant démissionné pense vivre tranquille avec Madeleine. Mais le Spectre les retrouve et les force à se séparer.
5 ans plus tard, une association terroriste décime le Spectre au cours d’une réunion à Cuba. A sa tête, un homme ayant influencé le destin de vie de Madeleine, un terroriste qu’il ne faut surtout pas toucher physiquement sous peine de mourir. Et un vol d’armes technologique force Bond à reprendre du service.
Le voici donc ce vingt-cinquième ou vingt-sixième opus 007, si l’on compte ou pas jamais plus jamais, et l’ultime de Daniel Craig dans le rôle. Après les péripéties et ses nombreux reports, ces cinq années d’attente et d’espoir que ce qui était incomplet dans Spectre soit réparé. A mon sens ça l’est brillamment si l’on est préparé à toute éventualité.
La séquence d’ouverture, longue mais prodigieuse, annonce déjà la couleur et cette séparation mentionnée plus haut dont nous découvrons le pourquoi marque. Car Madeleine vole la vedette à James, qui ne sait pas tout d’elle contrairement au spectateur découvrant son secret.
On retrouve ensuite une situation plus familière mais avec deux ombres d’actualité marquant le déroulement : un certain virus et les relations est-ouest. Sur un plan espionnage, les séquences ne sont pas toujours fiables et prêtent plus à sourire qu’autre chose. Mais cette détente sera nécessaire pour nous préparer au véritable but du film et à son sujet en or: James.
La dernière heure et l’affrontement entre James et ce terroriste lui-même agressé dans son enfance va marquer et diviser: elle va marquer si vous vivez l’expérience comme un biopic et naturellement diviser sur ce final brillamment mis en place mais avec de sacrées conséquences malgré le message final : Bond will return. Excepté le regard, rien ne sera plus comme avant.
Je voudrais m’arrêter sur les yeux de mon titre : ceux de Lea Seydoux. Autant je la trouvais inexpressive dans Spectre, autant l’intrigue tournant autour d’elle la bonifie avec un nouveau rôle pour Madeleine et un passé indélébile. Un coup de chapeau également à Daniel Craig qui accepte sa dernière apparition (si vraiment le cas) avec un sacré niveau particulièrement sur une décision lourde de conséquences. Et maître Hans fait merveille sur cette séquence.
A recommander, vivement si vous ne cherchez pas qu’un quelconque film d’espionnage.Voir plus


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