CH.FILM

Trois hivers Allemagne, Suisse 2022 – 137min.

Critique du film

Ainsi s’égrainent les saisons

Cornelis Hähnel
Critique du film: Cornelis Hähnel

Primé en Europe et en Amérique du Nord, mention spéciale du jury à la Berlinale 2022 et détenteur de six nominations aux Swiss Film Awards 2023, «Drii Winter» a su conquérir son public par-delà les frontières helvétiques grâce à ses observations précises et sa narration inhabituelle.

Aussi vigoureux que taciturne, Marco (Simon Wisler), un homme de la plaine, est embauché par un paysan uranais et part vivre dans un village de montagne. Il y tombe amoureux d’Anna (Michèle Brand), mère célibataire d’une petite fille, Julia. Malgré les réserves des autochtones face à cet immigré, le mariage d’Anna et de Marco est bientôt célébré. Le jeune couple nage dans le bonheur jusqu’à ce qu’une tumeur au cerveau soit découverte chez Marco. Dès lors, sa personnalité et ses gestes deviendront erratiques jusqu’à bouleverser leur vie de famille.

Marco est un dur, un roc, et Michael Koch aura tôt fait de le souligner en le filmant travailler longuement la terre à la sueur de son front, ce dès l’introduction de l’œuvre. L’homme et la nature s’imbriquent ici, l’un disparaissant de plus en plus dans l’autre. Un motif visuel et thématique que « Drii Winter » réitère régulièrement et toujours avec acuité, comme lorsqu’il transpose cette fusion dans l’amour que se portent Marco et Anna.

Avant tout, «Drii Winter» prend son temps, que ce soit pour établir ses protagonistes, le jeune couple, mais également leur environnement plus hostile. Le temps semble même s’être arrêté dans ce lieu isolé, qui nous paraît archaïque alors même que le film se passe à notre époque. Le réalisateur Michael Koch dépeint d’ailleurs cet univers sous toutes ses facettes. En choisissant de tourner avec une distribution non-professionnelle de la région, il parvient à retranscrire avec talent l’enracinement de ses personnages à leur environnement et renforce ainsi le réalisme de «Drii Winter». Mais cette quête d’authenticité laisse parfois sa place pour révéler la véritable tragédie que conte le film. En effet, un chœur du village découpe le récit et, tel une pièce de théâtre grecque, se fait narrateur omniscient, annonciateur du malheur à venir.

Alors que la montagne joue un rôle majeur, Koch se refuse à lui donner une allure de carte postale factice, associée à une Suisse idyllique. Le format 4:3 met de fait en valeur la verticalité des montagnes opposée à l’oppressante étroitesse des vallées. Le directeur de la photographie Armin Dierolf et sa sublimation des abimes y sont pour beaucoup. Car c’est moins l’histoire d’amour que les images qui sont saisissantes, de la pénibilité du labeur quotidien aux corps, et surtout aux visages parcheminés : des atlas de leurs émotions confinées. Si dans « Drii Winter » le destin est sans merci pour la jeune famille, le film ne se noie pourtant pas dans le désespoir, mais trouve une consolation dans le cours immuable des choses, des saisons.

(Une critique adaptée de l’allemand par Eleo Billet)

27.02.2024

4

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