Flag Day France, Royaume-Uni, Etats-Unis 2021 – 107min.

Critique du film

Sean Penn et l’amour père-fille

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

En 2021, Sean Penn revenait sur la Croisette pour y présenter et défendre son nouveau film Flag Day. Après avoir vu son film The Last Face lacéré par la critique et faire un four retentissant, l’acteur et réalisateur redore son blason avec sa dernière œuvre.

Désormais adulte, Jennifer Vogel (Dylan Penn) découvre que son père est un braqueur, un truand et un faussaire. John Vogel (Sean Penn) de son nom, a tout de même appris la vie et l’amour à sa fille. Mais le père est un adepte des mauvais choix et sa fille cherche à raviver le lien qui unit les deux individus. Une grande traversée dans l’Amérique convoquant la thématique des relations familiales.

L’histoire est touchante, poignante. Flag Day, récit autobiographique de la journaliste Jennifer Vogel, n’est pas cette course effrénée pour coincer un fugitif, mais bien une quête d’amour pour renouer les liens filiaux. Pas de thriller, mais bien l’histoire d’une fille profondément attachée à son père au charisme magnétique et furieusement enjoué. Aussi pour Sean Penn, il semble que le récit ait été une occasion rêvée pour ses retrouvailles familiales : outre sa fille, pleine de justesse et de sincérité, Hopper Penn, le fils du cinéaste, campe le jeune frère de Jennifer.

Dans sa mise en scène, Flag Day ressemble à Into the Wild, ce besoin de s’évader et d’embrasser une liberté quasi impossible. Une fuite de tous les instants dans une esthétique poétique et sublime. Sean Penn est un cinéaste - imprégné du cinéma de Terrence Malick et Alejandro González Iñárritu -, avec une patte indéniable, cherchant à coller à la douceur et la radicalité de son sujet. Cette sensation d’évasion - physique et psychologique - se ressent grâce à ses variations de plans, à ces sensations balancées de manière décousues pour faire naître une relation vécue au passé. Flag Day est le film où la musique, et son char de mélodies éthérées folk, dessine un album de souvenirs, pour remonter le temps et tisse une intrigue à la temporalité éclatée - vous reconnaîtrez la voix de Cat Power ou encore Glen Hansard.

Un drame familial transpirant l’Americana, aux accents de la Beat Generation, laissant les émotions vous embarquer dans cette relation délicate. Et malgré ses quelques défauts, tels que les moments appuyés et tire-larmes, l’histoire fait écho à cette quête enragée vers une existence fantasmée et consumée par le rêve américain. « Flag Day » et la gueule cassée de Sean Penn nous peignent un film joliment imparfait, à l’image de son personnage John Vogel.

23.09.2021

3.5

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Commentaires

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Eric2017

il y a 3 mois

Le retour de Sean Penn ! Certes ce n'est pas son meilleur film mais c'est un film très émouvant et touchant. Quel père ne va pas se retrouver ne serait-ce qu'un brin dans la relation pas toujours simple avec son enfant ! J'ai eu du plaisir à découvrir sa fille Dylan Penn. Un beau et bon film. (G-05.10.21)Voir plus

Dernière modification il y a 3 mois


CineFiliK

il y a 3 mois

“En berne”

Jennifer est convoquée par la police à cause de son père John Vogel. En liberté conditionnelle, ce malfaiteur ne s’est pas présenté comme convenu. L’occasion pour cette jeune femme de se remémorer son histoire chaotique avec lui.

Les images du passé s’enchaînent, égrenant les années d’une vie qui cumulent les déceptions. Si les vieilles bobines Super8 font illusion en laissant s’échapper les rêves d’une fillette admirative d’un prince, le reste cède vite au mélo familial pesant. Un papa escroc, lâche et menteur compulsif, une mère dépressive noyée dans les vapeurs d’alcool, puis un beau-père bien trop proche, entraînant drogue, fugue et rue.

Devant et derrière la caméra, Sean Penn adapte le récit autobiographique d’une autre, endosse le mauvais rôle, tout en choisissant de diriger ses propres enfants, sa fille Dylan principalement. Un film miroir qui promettait un face à face intrigant, oscillant entre réel et fiction. L’homme avait-il quelque chose à se faire pardonner ? Pourtant, aucun ne semble à l’aise dans ce duo-duel, marqué par une gestuelle trop souvent outrée, manquant de naturel. Même constat pour la réalisation. A force de multiplier les effets de caméra, les coiffures improbables, tout en surlignant le récit au moyen de ballades folk, son cinéma tombe dans un maniérisme pompier. En point d’orgue, cet adieu sanguinolent par écran interposé plus proche du ridicule que du bouleversant. Le drapeau de l’Américain est en berne.

(5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 3 mois


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