Le discours France 2020 – 87min.

Critique du film

Fragment d’un discours amoureux

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Auteur de la fameuse BD «Zaï Zaï Zaï Zaï», de l’hilarante «Et si l'amour, c'était aimer» et du roman «Le Discours», Fabcaro compte parmi ces doux rêveurs et baroudeurs littéraires. À la fois drôle et touchant quand il nous parle des fêlés et des dysfonctionnements du monde contemporain, Laurent Tirard tenait là une impossible adaptation. Mais accompagné d’un excellent Benjamin Lavernhe et d’une mise en scène tout aussi inspirée, Le discours est une petite perle à part dans l’univers de la comédie française.

Un chagrin d’amour empêtré dans un repas de famille. Alors que sa copine Sonia (Sara Giraudeau) s’est absentée le temps d’une pause, laissant flottante la notion de pause et ses textos sans réponse, Adrien (Benjamin Lavernhe) est vainement pendu à son téléphone alors que sa petite famille philosophe autour du chauffage au sol. À chaque jour suffit sa peine, mais alors qu’Adrien a la tête ailleurs, son beau-frère lui propose de faire un discours pour la cérémonie de mariage. Dès lors Adrien s’arme d’un imaginaire à toute épreuve pour dégoter l’ultime subterfuge qui pourrait le soustraire à cette nouvelle obligation, quitte à faire dans l’irrévérence…

Un roman sorti en 2018 et l'adaptation de Laurent Tirard s’est offerte le poinçon Cannes 2020. Pour reprendre les mots de son auteur Fabcaro, «C’est un bouquin dans lequel il ne se passe rien». Laurent Tirard qui avait rafraîchi les aventures du Petit Nicolas et envoyé Astérix & Obélix en terre britannique pré-brexit dans Astérix et Obélix: Au Service de Sa Majesté, témoigne de son amour pour les cases et les gaufriers en papier, et voilà qu’il nous plonge dans l’univers fabuleusement absurde et romantique du Montpelliérain. Fabcaro signait une drôle d’anthropologie amoureuse et de l’attente à la Roland Barthes, et Laurent Tirard de lui rendre - et comment - un vibrant salut.

Teintée de cette même folie burlesque, l’adaptation du cinéaste aura des airs de petit précis du rien et du grand tout amoureux. Porté par un excellent Benjamin Lavernhe, et déjà habitué aux fiascos des cérémonies de l’anneau dans C'est la vie, Adrien se retrouve écartelé entre son histoire d’amour et la nouvelle du discours pour le mariage de sa sœur. Le temps d’une soirée ponctuée par les anecdotes des parents interprétés par Guilaine Londez et François Morel et des fun-facts de science naturelles du beau-frère incarné par Kyan Khojandi, Adrien se repasse le film de sa vie, son enfance, ses parents, sa sœur (la touchante Julia Piaton), sa rencontre avec Sonia; la tête divague jusqu’à envisager de ruiner le couple de sa sœur pour échapper au dictat du discours.

Le film nous embarque alors dans l’esprit de celui qui s’y perd. Laurent Triard offre une merveilleuse mise en scène théâtrale et un art remarquable du montage (Valérie Deseine) et de la transition pour baliser les errances de son personnage. Benjamin Lavernhe, qui n’en finit plus de briser le quatrième mur, dévoile une mauvaise fois contagieuse et prêche des vérités si touchantes. À chacun·e de s’y retrouver et de piocher çà et là un rire, une phrase. Il y aura l’œuvre de Fabcaro, évidemment, et puis une forme d’envoûtement immédiat, un air d’antan aussi et une désuétude amusante, et ce, dès l’entame et ce discours qui nous présente la distribution du film. Avouer l’inavouable, raconter l’irracontable; Le Discours présente ce que la vie fend en petit bois, l’occasion de faire le point sur la famille, le couple et soi-même.

09.06.2021

4

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