Les Éblouis France 2019 – 99min.

Les Éblouis

Critique du film

L’évangélisme radicalisé

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Sarah Suco a été aperçue dans L’Enquête (2015), dans Discount (2013) ou encore dans La Belle saison (2015) de Catherine Corsini. Cette fois-ci c’est derrière la caméra qu’elle se distingue. Les Éboulis, une histoire inspirée de son enfance.

Camille (Céleste Brunnquell) a 12 ans. Sa passion, c’est le cirque. Aînée d’une famille nombreuse, elle voit sa mère (Camille Cottin) et son père (Eric Caravaca) rejoindre une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité. Jeune fille en pleine transformation physique, découvrant l’amour et les aléas de l’adolescence, Camille va se frotter à l’embrigadement dont ses parents sont victimes. Cette communauté, dirigée par Luc-Marie (Jean-Pierre Darroussin), est en fait une secte.

Le «berger» qu’est Luc-Marie fait bêler son bétail. Une communauté à la botte de l’étrange icône religieuse. Bon orateur et surnommé le «berger» par ses adhérents, Luc-Marie s’érige en gourou comme l’était David Koresh, dans la série «Waco». Les Davidians pour «Waco», la communauté de la Colombe pour Les Éblouis. Le saint esprit est là pour guérir les maux, combler le vide. Christine (Camille Cottin) est une comptable au chômage et Frédéric (Eric Caravaca) abhorre son job de professeur. Un duo parfait, prêt à donner pour combler. Une femme incertaine et un homme en retrait cherchant à protéger sa femme.

La radicalisation évangélique, la vulgarisation religieuse pour endoctriner les plus faibles. Les Éblouis déploie ses ailes intrigantes pour évoquer l’égoïsme parental; l’égoïsme d’une mère demandant à sa fille de laisser tout tomber pour elle. Derrière cette solidarité évoquée auparavant, l’égoïsme marque son territoire en la personne de Christine. La matriarche est l’élément détonateur de la descente aux enfers, bien aidée par les mensonges éhontés du gourou, entraînant sa tribu dans ses manigances irréfléchies. Sarah Suco s’en inspire et dissèque le dilemme en prenant comme point de vue celui d’une jeune fille désemparée.

Sarah Suco, en s’imprégnant de son enfance, explore le brassage psychologique, la fragilité (bêtise?) humaine sous couvert d’actes bienveillants. La caméra se braque sur le déclin d’une mère, sur son lavage de cerveau la rendant même immature et détestable. Un déclin qui pousse Camille, excellemment campée par Céleste Brunnquell, à se responsabiliser, à aller à l’encontre de l’autorité du «berger». Alors que Christine se fait martyriser à grands coups d’exorcismes chiqués, les enfants en viennent même à prier que leurs propres parents ne rentrent pas. En misant sur l’endoctrinement et la dangerosité d’une telle situation, les pièces du puzzle sont assemblées parfois maladroitement, parfois mollement, mais la folie sous-jacente donne une radicalité au film. Les Éblouis n’est pas une ode à la colère, mais une description des errements parentaux sur les sentiers de la perdition.

En bref!

Quelques faiblesses, mais Les Éblouis est réalisé avec le cœur et porté avec les tripes. Sarah Suco transmet cette force à son casting pour décrire un supplice moral fait à des enfants en pleine transformation.

14.11.2019

3.5

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Commentaires

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vincenzobino

il y a 12 jours

4.5: Vol au-dessus d’un nid de colombes
Angoulême: Christine et son mari Frederic sont des membres actifs de la Confrérie de la Colombe, une communauté religieuse catholique sectaire. Leurs 4 enfants dont leur fille Camille partagent ce quotidien permanent de prières et de cérémonies délurées. Or, Camille souhaite quitter cet ordre pour se consacrer à sa passion, l’école du cirque, où son meilleur ami, Boris, y étudie. Pas évident de braver le Berger, chef de l’Ordre, et de sortir de son emprise.
Le voici donc ce témoignage brûlant de Sara Suco sur les dérives religieuses. Un véritable électrochoc.
Si vous avez vécu de l’extérieur le massacre du temple solaire et vous êtes forgés une opinion asilaire sur ces sectes et leurs membres, vous allez sans aucun doute être fortement bousculés par ce regard enfantin bouleversant ou un passage soudain à l’âge adulte.
Une qualité atmosphérique lourde omniprésente et en même temps une certaine ironie constituent la première moitié du film: On sent les enfants prisonniers et à la fois craintifs des répercussions éventuelles d’un délit. Et lorsque Camille franchit la ligne rouge, la véritable personnalité des membres est mise à jour. Des interprètes très bons et une découverte coup de poing en Celeste Brunnquell hallucinante de justesse et d’impudeur à tel point qu’on en oublie l’actrice pour voir l’adolescente plus maternelle que sa propre mère.
Des chants troublants et apaisants à la fois et une issue qui permet à un certain Ordre de perdurer.
A recommander vivement et vraiment dommage que salle presque vide tant le sujet du film est universel...Voir plus


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