Joker Etats-Unis 2019 – 122min.

Joker

Critique du film

Et le phoenix renaît de ses cendres

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Rares sont les films qui pouvaient prétendre à un tel engouement avant même leur sortie. Depuis son Lion D’or au festival de Venise, la déferlante Joker est foudroyante. Alors, vaste fumisterie ou film prodige? Une fois n’est pas coutume, mais la toile avait raison, Joker relève du sublime.

A Gotham, dans les années 80, Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) déambule dans les rues déguisé en clown, une pancarte à la main. Murray Franklin (Robert De Niro) divertit les chaumières du haut de son show télévisé et Thomas Wayne (Brett Cullen) embraye pour les élections. Chez les cols blancs l’affaire est huilée, Fleck enquille la vie avec son flegme habituel, et il accompagne sa mère devant le poste, chaque soir, pour regarder Murray Franklin. Le clown aspirant comédien a un rêve, la célébrité. Il s’essaye à la scène, mais sa condition clinique fait de lui un fou, un freak, une ombre risible. Au détour d’un après-midi, des gamins le passent à tabac, dès lors la colère mijote, et bientôt, Fleck devient inarrêtable. Le Joker est né.

Si tout le monde garde en mémoire la performance du regretté Heath Ledger (seule véritable perle du The Dark Knight qui vieillit extrêmement mal), ou celle de Jack Nicholson (ou même Jared Leto), nous serions tentés de dire que Joaquin Phoenix surclasse littéralement tous les Joker, mais l’histoire semble tellement décrochée du wagon DC que toute comparaison paraît nulle et non avenue. Réalisé par Todd Phillips, et produit par Bradley Cooper, Joker est une enclave à Gotham en solitaire, sans la perspective d’y développer une once de franchise. Le métrage traverse les mailles Warner/DC avec insolence et une suffisance jouissive. Sorte de rejeton du système en marge des univers (sur)étendus pour sonder les arcanes de la psychologie du Joker, le duo Phillips/Phoenix appartient désormais à l’histoire.

Au panthéon du sublime, la performance de Joaquin Phoenix côtoie une palette graphique d’un vert bronze aux reflets néo-noir, une mise en scène d’une exigence folle, entachée d’une crasse miséreuse de tous les plans, la caméra virevoltante de Todd Phillips et les violons majestueux de la compositrice Hildur Guðnadóttir. Une première heure à vous faire trembler, loin des DC, l’histoire du Joker devient presque accessoire. Joaquin Phoenix vogue avec maestria, la profondeur de son regard, la torsion du corps des aranéides, comme un insecte en proie à la morgue… La raclure du Bronx fracasse d’une poésie noire, et sa mère aussi, on se croirait dans Requiem For A Dream. Insupportable, la genèse du Joker dans les intestins du lombric de fer de Gotham offre une ouverture au drame d’une puissance asphyxiante. Immédiatement, le souvenir de Taxi Driver et Todd Phillips colmate les lacunes de ses pères. Joker est d’une modernité stupéfiante.

Aussi Todd Phillips manie l’art du grand divertissement populaire dans les entrailles d’une ordure. Subtile et complexe dans sa narration, les Américains s’en affolent d’ailleurs, mais sans dénigrer la violence assumée de certaines scènes du Joker, il en est une autre, sociale, sous-jacente, invisible et laissée en jachère; comme si Ken Loach avait signé avec la Warner et DC. Todd Phillips envoie à l’abattoir pléthore d'injustices sociales et offre à la justice une vengeance masquée façon V pour Vendetta. Alors même si Todd Phillips emprunte (parfois) quelques raccourcis accessoires dans son histoire, Joker tranche la morale.

En bref!

Il est de ces films que rien ne semble arrêter, Joker sera de cette trempe. Une violence aux 1001 facettes. Délicieux et abject, Todd Phillips livre un sombre Joker dans la basse-pègre de Gotham. Une masterclass d’acting signée Joaquin Phoenix pour un cinéma de très (très) haute voltige.

03.10.2019

4.5

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Commentaires

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toniobidule

il y a 1 jour

Attention Chef d’oeuvre! Performance extraordinaire de l’acteur principal. C’est sombre, triste et parfois gore mais aussi touchant. Dénonciation des élites et de leur mépris des petites gens. Ceux-ci sont toutefois capables de se rebeller, de la pire des manières.


vincenzobino

il y a 3 jours

Dark smile rises
Arthur Fleck est en quelque sorte un clown triste : employé par un magasin, sa vie bascule lorsqu’il est passé à tabac dans un métro par 3 hommes. Lorsqu’on lui apprend que le trio travaille pour Thomas Wayne, un important homme d’affaires candidat à la mairie de Gotham City, et que sa mère, Penny, lui révèle que ce dernier est son père, la folie du Joker pourrait bien prendre vie. Et rien de tel que le talk-show de Murray pour lancer sa carrière.
Le voici donc ce si attendu Lion d’Or ayant déclenché un incroyable enthousiasme. Et avec raison.
Bienvenue dans le monde des super-héros, non pas ceux ayant des pouvoirs surnaturels, mais ceux atteints dans leur mal propre et dont le destin pourrait les conduire à l’anonymat. Arthur représente ce spécimen humain.
Tout dans ce film est virtuosité si vous avez une connaissance cinématographique élevée avec de multiples allusions dont une poussant particulièrement à sourire, une autre à chanter et une dernière enterrant littéralement le Batman de Burton. Mon interrogation principale à l’annonce du film était : comment se fait-il que l’identité du Joker ne soit pas la même que celle du rôle de Nicholson? La réponse brutale apportée secoue.
Mais où Philips frappe très fort, c’est dans le parallèle entre notre décennie en cours et l’année du XXème siècle où se déroule le récit, illustré par une sortie cinéma d’alors. On retrouve des situations rappelant le mouvement lancé par Greta Thunberg dont la cause, ici, n’a absolument rien d’écologique ainsi qu’une cruelle illustration sur le monde audiovisuel servie par un impeccable de Niro.
Que dire sur Joaquin Phoenix? Tout dans son jeu sonne juste et on en oublie le lien acteur-personnage tant on ressent sur la première demi-heure son désarroi. Ensuite, bien sûr, outre ses premières victimes, on est quelque peu désabusé par une séquence épouvantable vers le second tiers, mais les vingt dernières minutes sont un véritable électrochoc et son dernier plan, qui rappelle une sorte de Vendetta, nous marque.
Que dire sur Philips? Une virtuosité de mise en scène, une écriture critique hallucinante et une maestria de l’illustration des dérives de notre décennie.
Que dire sur la photographie, la musique et les décors : tous somptueux.
Il ne faut nullement s’attendre à des effets visuels mais votre visage pourrait bien vous jouer des tours, ce qui fut notamment mon cas sur un rire annonçant une séquence tout sauf drôle et qui s’avéra... contagieux. C’est peut-être ça être cinéphile: c’est nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas et, à la sortie, nous ramener à la réalité. Comme Arthur.
A recommander vivement...Voir plus

Dernière modification il y a 3 jours


Eric2017

il y a 3 jours

On le sent proche de la folie dès les premières images. On le sent Dr Jekill et Mister Hyde. On partage la folie du Joker tout au long du film avec une certaine empathie. Joakin Phoenix est vraiment incroyable. Quant à De Niro toujours aussi parfait dans ses rôles. (F-10.10.19)


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