Hors Normes France 2019 – 114min.

Hors Normes

Critique du film

Extras et ordinaires

Lino Cassinat
Critique du film: Lino Cassinat

Depuis le succès massif d’Intouchables, Olivier Nakache et Eric Toledano règnent en maîtres sur tout un pan du cinéma français ; celui d’une forme de comédie sociale pleine de bons sentiments, dont les détracteurs lui reprochent d’être consensuelle et inoffensive en plus de ne pas toujours être très délicate. Hors Normes pourrait, peut-être, changer cette image.

Bruno et Malik vivent depuis 20 ans dans un monde à part, celui des enfants et adolescents autistes. Au sein de leurs deux associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas qualifiés "d'hyper complexes". Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes.

Le film est à la fois un film somme de ce que le duo de réalisateurs nous a produit jusqu’à présent, et en même temps un premier pas assez réussi vers quelque chose d’autre et d’un peu meilleur. Marketé comme une comédie, si Hors Normes fait régulièrement sourire, le film est un drame social pur avec un sujet dur (ici, les cas d’autisme extrême) ; de sa première séquence-générique claustrophobe et paniquée à la dernière scène éprouvante du personnage interprété par Vincent Cassel.

Si la mécanique d’écriture du duo n’a pas changé, son ton a quelque chose de plus alarmé. La fin en suspens du film viendra confirmer d’ailleurs que l’objectif d’Hors Normes n’est pas du tout le même que celui des films précédents. Et contre toute attente, ce surplus de drame dans le cinéma un peu prêchi-prêcha d’Olivier Nakache et Eric Toledano vient apporter de la fraîcheur et de la vivacité à leur propos, alors qu’on le voyait l’alourdir encore.

Alors, Hors Normes n’évite pas quelques scènes à la naïveté forcée, au naturalisme dissonant ou encore quelques emportements dignes des élucubrations de Francis Lalanne à chaque veille de scrutin. Mais c’est bien ce regain de gravitas, cet air de dire « attendez, on rigole mais en fait il y’a vraiment le feu » qui donne de la puissance au film. Hors Normes est un film qui ne prend jamais son public de haut malgré sa posture morale.

Sans changer de forme, l’humour a drastiquement changé de nature. On rit pour faire oublier qu’il est sur la brèche et que l’échec de ses personnages serait une catastrophe. C’est la première fois qu’Olivier Nakache et Eric Toledano parviennent à utiliser l’humour non pas comme contrepoint, mais comme vecteur du drame, et la fusion est globalement réussie.

Bien sûr, on signifie par là que le film n’est pas parfait. Hors Normes s’appuie, par exemple, un peu trop sur l’énergie de ses comédiens, tous plus parfaits les uns que les autres, des vétérans aux nouveaux venus. Le montage accuse parfois quelques paresses, notamment dans les scènes comiques, et certains effets de style sont un peu lourdingues. Mais le film réussit à la fois à être l’agrégat de tout ce que ses réalisateurs savent faire de mieux, tout en étant la promesse que leurs défauts vont se résorber. Et s’il faut choisir entre ce versant là de la comédie populaire française ou la kyrielle de pantalonnades bouffonnes et rances du type de Qu’est ce qu’on à encore fait au Bon Dieu, on est prêt à pardonner beaucoup de choses à cette lettre d’intention nouvelle et un peu maladroite parce que trop humaniste.

En bref !

Hors Normes a un souffle un peu trop emporté, mais indéniablement un souffle qui aère l’esprit.

17.09.2019

3

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Commentaires

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marylou_allenspach

il y a 17 jours

Un coup au cœur! On avait de la peine à parler après le film tellement on était bouleversés.

Dernière modification il y a 17 jours


Eric2017

il y a 18 jours

Magnifique et exceptionnel ! Des enfants incroyables et deux acteurs qui le sont tout autant. Ce milieu d'enfants autistes est bouleversant. Et les spectateurs ont applaudis lors du générique de fin. Un film à voir absolument. (F-29.10.19)


vincenzobino

il y a 21 jours

4.5: La cité des enfants perdus
Bruno et Malik sont des hommes au coeur pur: chacun gère une association d’aides sociales : Bruno s’occupe d’autistes et Valentin de jeunes en difficulté avec une adaptation sportive. Mais les jours de leurs associations semblent comptés, l’Etat ne leur ayant accordé aucune autorisation. Et pourtant certains de ces jeunes, comme Valentin ou Dylan ne peuvent s’en passer.
Le voici donc ce cri du coeur sur l’autisme et sa notion de rejet. Du duo d’Intouchables qui nous soumettait leur peut-être plus sérieux plaidoyer, le sujet était en or: il est brillamment exploité.
Dès l’entame, nous sommes tout de suite plongés dans le bain et du coup conditionnés sur le déroulé du film: entre les tracasseries administratives, les cris et coups et les jugements extérieurs, la tâche de nos deux anges gardiens semble insurmontable.
Il y a beaucoup de tendresse : entre une magnifique séquence hippique et une non moins bellum remise en question maternelle, « Tolekache » remplissent la part de contrat tant zygomatique qu’émotionnelle et ce, grâce à de fabuleux interprètes (Cassel et Helene Vincent en tête ainsi surtout que l’extraordinaire Marco Locatelli dont une séquence éprouvante vers la fin marque), à une photographie juste se permettant un contraste entre lumière et flou.
Et le flou juridique et administratif est brillamment dénoncé avec certes une impression que les enfants perdus ne sont pas ces autistes mais cette administration quasi pénitentiaire, mais un remarquable acte de réconciliation et justice par le texte final apparaissant au début du générique.
Un très beau verdict à recommander vivement.Voir plus


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