Hope Gap Royaume-Uni 2019 – 100min.

Critique du film

La dérive d’un couple, les tourments d’un fils

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

Présenté au Festival du film de Toronto l’année dernière, Hope Gap raconte la séparation douloureuse d’un couple de quinquagénaires britanniques après 29 ans de mariage. Un film sur l’amour, la famille, les choix qui jalonnent une vie et un héritage familial que l’on traîne parfois comme un fardeau.

Jamie (Josh O’Connor) est de retour dans sa ville natale, la bourgade côtière de Seaford, pour rendre visite à ses parents, Grace (Annette Bening) et Edward (Bill Nighy). Mais le week-end prend une tournure inattendue lorsque son père lui annonce qu’il quitte sa mère pour une autre femme, après 29 années d’union. Un choc pour Jamie qui comprend alors qu’il va devoir aider sa mère dans cette épreuve. Si pour le fils l’annonce est une surprise, pour la maman, cette nouvelle a l’effet d’une bombe. Elle sombre dans la solitude et la mélancolie, ce qui inquiète Jamie et le pousse à revenir au bercail chaque week-end pour soutenir Grace dans cette passe difficile.

Une séparation et ses répercussions, la colère et la reconstruction, des sujets plutôt convenus. Si, à première vue, le pitch du film paraît banal, l’histoire révèle des couches enfouies et fait écho à des thématiques variées. Basé sur la vie du réalisateur William Nicholson, lorsque ses parents se sont séparés après 33 ans de mariage, le récit traite, à travers le prisme d’un couple déchu, de la famille, de l’enfance, des relations parent-enfant et d'un conditionnement familial inévitable. Dans le film, cela se traduit par Jamie et sa difficulté à nouer des liens et entretenir une relation stable avec une femme. Quoi que l’on fasse, l’héritage familial a souvent bien plus de poids qu’on ne veut le croire.

D’abord une pièce de théâtre avant d’être adapté au cinéma, Hope Gap narre à un rythme lent, quasi contemplatif, les petits riens d’une relation construite sur des dizaines d’années. La tasse de thé qu’elle ne boit jamais entièrement, le bureau qu’il a décoré de figurines historiques, les habitudes si bien ancrées dans un quotidien que personne ne remet plus en question et où la communication s’est inéluctablement rompue au fil du temps. L’un a pris pour acquis ce que l’autre a mis tant d’années à trouver: l’amour qui ne tourmente pas, mais qui rend serein.

Dans un décor poétique, emprunt de mélancolie, où les falaises vertigineuses surplombent gaillardement les eaux qui s’étendent à perte de vue, le calme côtoie la tempête, à l’image de Grace, femme sanguine et bavarde interprétée par Annette Bening, et Edward, homme impassible et taiseux, incarné par Bill Nighy. Si la vie semble paisible, heureuse en apparence, Edward a cette phrase: «Toutes ces années, je me suis trompé de train.», résumant sa vie aux côtés de son épouse. Une métaphore sans équivoque pour dire que l’on peut passer son existence avec une personne, l’aimer d’une certaine façon sans pour autant se sentir heureux et épanoui. William Nicholson nous parle de sa vie et celle de ses parents, il nous raconte cette histoire aussi ordinaire que singulière, la fin d’un chapitre et le début d’un autre. Modeste et touchant.

23.07.2020

3.5

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