Les Invisibles France 2018 – 101min.

Les Invisibles

Critique du film

Le social sous toutes ses coutures

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Elles se surnomment Salma Hayek, Vanessa Paradis ou encore Brigitte Macron. Des femmes SDF, sans travail, suivies et encadrées par plusieurs travailleuses sociales. Mais à L’Envol, le nom du centre d’hébergement, une autre tuile va mettre le feu au poudre : la municipalité décide de fermer le centre d’accueil. Le début d’un nouveau combat pour ces travailleuses sociales, et leurs protégées, pour désormais se réinsérer dans la société. L’indépendance passera par la ruse.

Même dans le négatif on peut trouver du positif, c’est ce que tente de nous expliquer le réalisateur Louis-Julien Petit (assistant réalisateur sur Un jour et réalisateur de Carole Matthieu). L’homme est sûrement adepte de la maxime : quand une porte se ferme, une fenêtre s’ouvre. Car oui, les portes se sont fermées brutalement sur ce centre d’accueil. Loin d’être abattu, le quatuor infernal, composé d’Audrey (Audrey Lamy), Manu (Corinne Masiero), Hélène (Noémie Lvovsky) et Angélique (Déborah Lukumuena), en a sous la pédale. Et comme on le pressentait, ces mêmes femmes qui se battent pour les plus démunies sont elles aussi aux abois. Hélène se casse les dents avec son couple et ses enfants, et Audrey se sent esseulée, et dépassée par son existence. La grande vadrouille des écorchées vives peut commencer. Dans ces moments de désarroi, Petit extrait l’authenticité de son scénario. Des femmes battantes, proches de céder, mais toujours sur les pattes, misant sur l’honnêteté et le travail acharné.

Un peu classique et très convenu, Les invisibles souffre de cette étiquette de « feel-good movie ». Mais le mérite de Louis-Julien Petit est d’avoir étudié son sujet avec minutie. Pour dire : il a passé un an en tant que bénévole dans un centre d’accueil comme montré dans le métrage. Un travail conséquent qui flirte entre la fiction et le documentaire, tout en gardant un élan comique plutôt plaisant. Mais même si la réalisation évite les pièges, entre tendresse et brutalité de notre société, Les invisibles pêche dans son intention de nous décrire ces travailleuses face au vide et à l’adversité. La manière est mollassonne et manque de cette petite étincelle, d’une vraie puissance ou d’un traitement plus radical du sujet. Nos pensées s’en vont vers Ken Loach, par exemple. Une oeuvre, même si imparfaite, qui dévoile tout de même une histoire charmante.

En bref !

Si Louis-Julien Petit évite les pièges du film social, comme s’acharner sur les institutions et l’administration, il manque peut-être de ce parti pris qui ferait la différence. Les invisibles est bien traité dans toute sa dimension personnelle et intime. Les chemins sont divers et se rejoignent pour ne faire qu’un : survivre et avancer avec le sourire. De ce point de vue là, l’objectif est atteint.

15.05.2019

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Commentaires

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Rosalie

il y a 14 jours

Voilà une comedie drole et intelligente sur un sujet grave. J'ai aimé le jeu des actrices tant professionnelles qu'amatrices. ca sent le vécu et le réalisateur à l'intelligence de rendre ce manifeste humaniste autant léger que digeste.


vincenzobino

il y a 8 mois

Plus belle la vie
L’Envol est un centre social pour femmes accessible uniquement de jour. Sa directrice Manu et son assistante Audrey tentent à la fois de donner à ses occupantes un lieu d’échange et une perspective d’avenir. Chantal, Françoise sont parmi ces femmes en quête d’une réinsertion et d’un avenir autre que celui de la rue. Mais pas évident de respecter la loi. A moins de la violer.
Le voici donc ce témoignage sur une triste réalité : la précarité et le rejet. L’on pouvait craindre une certaine politisation de la situation mais cette expérience s’avère marquante.
La vie c’est pas comme un feuilleton à l’eau de rose, c’est bien plus délicat : tel est le message apporté avec une sensibilité et une satire déconcertantes, mais avec surtout un message de révolte face à cette injustice.
On pourrait être quelque peu dubitatif face à une certaine volonté de braver les interdits et l’une des protagonistes du centre laisse quelque peu sceptique de par son issue, mais cette expérience est à recommander, particulièrement pour ses actrices bouleversantes qu’elles soient professionnelles ou pas...Voir plus


CineFiliK

il y a 8 mois

“Aux Elles déployées”

A l’Envol, centre d’hébergement de jour, on accueille des femmes meurtries par la vie, dans l’espoir de les réinsérer. Mais au vu d’une rentabilité jugée trop faible par la municipalité, il est décidé de le fermer.

Elles s’appellent Lady Di, Brigitte Macron, Edith Piaf, Salma Hayek ou Vanessa Paradis. Des pseudonymes choisis pour leur glamour, tel un baume sur des blessures assassines. Ces femmes cabossées, sans emploi, ni foyer, quêtent en cette oasis au milieu de leur désert urbain, chaleur, aide et réconfort. Autour de ces invisibles pour la plupart, butinent les travailleuses sociales, gardiennes angéliques qui les soutiennent avec altruisme pour mieux échapper à leur propre existence.

Ce film citoyen donne parole et vie à ces âmes sœurs oubliées, des voix qui n’ont même plus de quoi arborer un gilet jaune. On rit et on s’émeut devant ces tendres portraits féminins qui mélangent audacieusement comédiennes confirmées et réelles protégées. L’équilibre fragile entre humour et drame se maintient le plus souvent, le tout dans une belle dignité. Et c’est en véritables stars que ces comédiennes d’un jour exécutent un dernier défilé. Sous nos applaudissements.

7/10Voir plus

Dernière modification il y a 8 mois


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