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Mon père, la revolution et moi Suisse, Turquie 2013 – 80min.

Critique du film

Mon père, la revolution et moi

Critique du film: Pascaline Sordet

La réalisatrice Ufuk Emiroglu, dont le prénom veut dire horizon, retourne en Turquie sur les traces de son père, militant d'extrême-gauche dans les années 70. Elle retrouve son regard de petite fille pour le héros de son enfance, tout en essayant de réconcilier ce passé avec une histoire faite d'exil, de prison, de fausse-monnaie et de détachement. Elle se demande que faire, dans l'ordre, de ce père étonnant, de l'héritage de la révolution, et finalement, de sa propre vie.

Les images d'archives manquent et les témoins se dérobent. Pourtant, grâce à un patient travail de recherche et à l'intervention de l'animation, la documentariste convoque le passé militant de ses parents, en Turquie. En Suisse, au présent, elle les questionne sur leur vie, dans des moments qui sont les plus touchants du film. On découvre son père déboussolé, jamais remis de la perte de ses idéaux, se réinventant en faux-monnayeurs et atterrissant en prison. Face à cet homme qui refuse de voir les ravages familiaux de ses combats, Ufuk Emiroglu trouve la juste distance. Elle ne juge pas, mais n'évite pas les questions douloureuses. On sent les tristesses irrésolues, mais aucune rancoeur. En balance, sa mère-courage ayant traversé l'exil, l'enfermement de son mari et un divorce, tout en élevant ses deux enfants, est l'image de l'amour maternel comme stabilité. En parallèle de cette exploration historico-familiale, la réalisatrice interroge son propre parcours. Elle raconte être née à Antalya, "au milieu d'un rêve" qui a finit par s'effondrer, et s'être ensuite identifiée à Heidi, à la Chaux-de-Fonds. Au-delà du cas particulier, qui peine à prendre une dimension universelle, la force du film se trouve dans cette question jamais résolue: comment vivre l'immigration et réconcilier deux identités dans une seule personne?

21.10.2014

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