En corps Belgique, France 2022 – 120min.

Critique du film

À corps perdu, puis retrouvé

Critique du film: Laurine Chiarini

Après un documentaire consacré à la danseuse étoile Aurélie Dupont en 2010, En Corps est le second film de Cédric Klapisch dans le monde de la danse. Prenant le parti pris de se concentrer sur le plaisir, il met en scène la beauté des corps au service d’une histoire de reconstruction.

Soulignons d’emblée l’excellente idée – et exigence – qu’a eue Klapisch de confier le rôle principal à une vraie danseuse, qui ensuite seulement est une actrice : dans Black Swan, le processus inverse était à l’œuvre, avec pour résultat des scènes doublées de manière techniquement irréprochables, mais dans lesquelles le visage de Natalie Portman semblait étrangement en porte-à-faux avec l’expression de son personnage. Pour Marion Barbeau, première danseuse à l’Opéra national de Paris, il s’agit de son premier rôle d’actrice : justement dirigée, affichant une élégance teintée de minimalisme, c’est son art qui s’invite au service de son jeu, et non l’inverse.

En Corps s’ouvre sur un prologue de 15 minutes : résumant sans paroles la trame du film, nous suivons Elise, des coulisses à la scène, jusqu’au moment fatal de la chute. Derrière le rideau, c’est la lumière qui sépare le monde des artistes de celui des spectateurs : en coulisses, dans l’obscurité, la fébrilité monte chez les premiers avant l’entrée en scène. Une fois les projecteurs allumés, au tour de l’audience d’être dans le noir, témoins muets, mais présence primordiale. Si Klapisch n’élude pas complètement souffrance et efforts, c’est volontairement qu’il choisit de se concentrer sur la beauté et le plaisir, égratignant au passage un monde encore souvent misogyne dans lequel les personnages féminins sont cantonnés à des rôles d’héroïnes tragiques.

Décomposées sur la pellicule à la façon d’un Eadweard Muybridge, père du cinéma qui utilisait la photographie comme moyen d’étude du mouvement, les évolutions kinétiques des danseuses lors des génériques de début et de fin trouvent leur écho dans un rock à l’énergie enlevée : « le tutu, c’est cucul », lance un personnage à l’esprit contradictoire. Et c’est précisément le contraire que démontre Klapisch avec l’évolution de son héroïne : non seulement, le classique n’est pas forcément mièvre, mais sa rigueur peut se retrouver sublimée au service du contemporain, qu’Elise explore avec un plaisir grandissant jusqu’à la scène finale, permettant de réconcilier autour de son art un père absent et des défenseurs du classique à tout prix.

« Feel-good movie », En Corps choisit délibérément une approche bienveillante dans un monde où coups bas et rivalités ne sont pas rares. Et pourtant, même les partisans de l’école classique y trouveront leur compte, entre les gestes délicats, mais millimétrés du ballet et l’énergie que dégage la troupe contemporaine, au milieu de laquelle la caméra virevolte avec aisance. Trouvant le juste équilibre entre narration et scènes de danse, où les secondes ne sont pas simple prétexte au plaisir des yeux, Klapisch livre un agréable moment de cinéma qui ne devrait pas avoir de mal à trouver son public.

29.03.2022

4

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Commentaires

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Sequoia

il y a 4 mois

J’ai trouvé ce film un peu moyen. Ce n’est certainement pas l’un des meilleurs de Cédric Klapisch. On sent que tout le monde fait de son mieux mais le spectateur reste sur sa faim. Bon casting, y compris le choix de la compagnie Hofesh Shechter. Sinon, à part quelques bonnes répliques, deux ou trois scènes un peu drôles, on attend mais ce sera peut-être pour le prochain film.Voir plus


CineFiliK

il y a 5 mois

“Voyez comme elle danse”

Étoile à l’Opéra de Paris, Élise voit ses rêves se briser en se fracturant la malléole. Au contact d’une troupe de danse contemporaine, elle reprendra espoir et envie.

Un bras bleu s’élève et chasse les premiers mots du film. Le spectacle va commencer et le rideau se lever. Le public est prêt. Marguerites agitées, les petits rats s’affairent en coulisses dans leurs tutus lactés. Le metteur en scène – Cédric Klapisch lui-même – souffle ses derniers conseils. Les premières notes de La Bayadère envahissent l’espace comme une vague déferlante qui emporte tout. Dans une couleur rouge intense, l’héroïne aux aguets découvre la trahison. Un voile blanc vient cacher son visage bafoué. Sans dialogue, cette entrée en matière virtuose séduit par son audace symbolique de la dramaturgie. Elle est hélas parasitée par un générique à la James Bond, déformant les corps et les sons sur une musique dissonante. Une tendance qui s’affirme par la suite.

La renaissance de cette jeune fille à la croisée des chemins classiques et contemporains nous aurait amplement suffi. Décortiquer son corps en mouvement, ses articulations souffrantes, ses doutes, sa rémission, sa faiblesse devenant force. Il fallait une véritable danseuse pour incarner cette héroïne, Marion Barbeau plus à l’aise dans ses ballerines que dans son costume de comédienne. Autour d’elle bourdonnent des personnages un peu balourds : un père qui lit mais n’écoute pas, un kiné transi cherchant à se recentrer, un couple digne de Scènes de ménage, une tenancière estropiée, coach de vie lapidaire. On dénonce la position des femmes sur le papier glacé et dans les ballets, pour leur faire jouer sans ironie des mortes dans les bras masculins. Des distractions plus maladroites qu’amusantes, agaçantes parfois, anecdotiques ou inutiles. Évoluant sur ses deux pointes pour s’élever, le nouveau Klapisch peine parfois à trouver un équilibre.

(6/10)Voir plus

Dernière modification il y a 5 mois


Dwarfy

il y a 5 mois

tres emouvant


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