Désigné Coupable Royaume-Uni, Etats-Unis 2021 – 129min.

Critique du film

Témoin, mais pas instigateur, un combat contre la culpabilité

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Casting 5 étoiles et sujet brûlant inspiré du livre «Les carnet de Guantanamo», «The Mauritanian» décrit les supplices et la violence inouïe essuyée par Muhamedou Ould Slahi, dans le tristement populaire centre de détention situé à Cuba.

Après les événements du 11 septembre, les Américains et surtout leur gouvernement ont vu rouge: la peur au ventre, le pays déchiré par l’effroyable attentat des deux tours, tout s’est emballé. Muhamedou Ould Slahi (Tahar Rahim) l’a appris à ses dépens et le voilà livré en pâture par son pays. Surnommé le «Mauritanien», son incarcération à Guantanamo s’est étalée sur 14 longues années. Pour l’aider, une avocate tenace nommée Nancy Hollander (Jodie Foster) et bien décidée à le faire sortir de ce panier de crabes.

Emprisonné sans inculpation, ni jugement. Rien. La paranoïa terroriste des autorités américaines a brisé le destin d’un homme, celui de Muhamedou Ould Slahi. Porté à l’écran par Kevin Macdonald (Le Dernier roi d’Écosse), The Mauritanian est synonyme d’étouffement, de brutalité inhumaine, d’animalité, où l’esprit du prisonnier vagabonde dangereusement devant les portes de la folie. Celles d’Allah restent closes, car Muhamedou doit prouver sa culpabilité, les refermant grâce à la prière «pour voir le monde», dit-il, convaincu que la justice fera ses preuves. Dans les tourments carcéraux, Tahar Rahim, dans l’enfer sur Terre, crève l’écran. L’acteur français prouve une nouvelle fois sa virtuosité de jeu. Dans le rôle de soutien, Jodie Foster - toujours un furieux plaisir de la revoir à l’écran - plaît par sa ténacité, par son intensité toujours impeccable et puissamment silencieuse. Gardant cette ambiguïté dans son rôle d’avocate, guidée par son professionnalisme - chaque être humain a droit à une défense -, Foster est l’incarnation du droit.

The Mauritanian est une belle baffe adressée au pays de l’Oncle Sam et leur notion de la Constitution. Une baffe qui prend la forme de la personne désignée pour contrer Hollander: Lieutenant Stuart Couch (Benedict Cumberbatch). Lui-même remonté comme un coucou pour appeler à la sentence suprême à l’encontre de Muhamedou: la peine de mort. Ses découvertes vont rapidement lui rappeler, en bon chrétien qu’il est, que trop de zones d’ombre sont visibles dans le dossier de Ould Slahi.

Le récit met en exergue cette face sombre des USA, surtout qu’à ce jour Guantanamo n’est pas encore fermée. Macdonald réussit à nous prendre en tenaille deux heures durant, dans une grande essoreuse politique et humaine. Le métrage, solide et à l’efficacité froide, réussit à maintenir un excellent rythme, balaie les différentes strates du dossier et les personnages centraux de cette torture orchestrée par Bush fils, mais surtout par Rumsfeldt. À Cuba, les rayons du soleil n’ont jamais été aussi sombres.

12.05.2021

4

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Commentaires

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Sequoia

il y a 3 mois

The Mauritanien/Désigné coupable

C’est l’histoire vraie d’un acharnement impitoyable et d’une terrible injustice que l’état de droit finit par reconnaître mais qui perdure hélas encore aujourd’hui.

Dans ce récit d’une violence inouïe (que le film, heureusement, nous épargne en grande partie), Tahar Rahim nous livre un jeu intense et tout en équilibre, digne des plus grands acteurs. Jodie Foster n’est pas en reste non plus.

C’est un film à voir, qui nous montre d’une manière implacable le meilleur et le pire du système judiciaire américain, mis à mal par l’affolement et le désarroi suscités par la terrible attaque sans précédent du 11 septembre (7/10)Voir plus


CineFiliK

il y a 3 mois

“Le prisonnier”

En novembre 2001, deux mois après le 11 septembre, le Mauritanien Mohamedou Ould Sahi est arrêté en son pays lors d’un mariage. Quatre ans plus tard, l’avocate Nancy Hollander découvre qu’il est depuis emprisonné à Guantánamo et souhaite défendre son cas.

Il y a le ciel, le soleil et la mer à Cuba. Mais aussi ce camp de détention états-unien dans lequel on enferme des présumés coupables sans l’ombre d’un procès. Terroriste malgré lui ou victime expiatoire, Mohamedou y restera quatorze ans.

Le réalisateur Kevin Macdonald s’empare de cette histoire vraie pour illustrer les limites de la démocratie américaine. Avec l’aide de comédiens investis – Jodie Foster et Tahar Rahim en tête –, il préfère se concentrer sur l’approche du dossier et les questions morales qu’il impose, plutôt que de se claquemurer deux heures dans un tribunal. Seul résistera le témoignage à distance de l’accusé.

Le film alterne alors, de manière plutôt mécanique, les scènes de cellule, parloir et la prise en compte des milliers de feuillets classés « secret-défense ». Il prend de l’ampleur quand l’avocate et le procureur chargé de faire condamner le prisonnier découvrent effarés, dans un montage parallèle intense, les tortures infligées. Rétrécie en 4:3, l’image marque entre autres l’asphyxie censée amener aux aveux.

La fière Amérique et ses présidents successifs n’en sortent guère grandis. Mais trois personnages idéalistes, marqués par la résilience, la soif de justice ou les valeurs chrétiennes, lui permettent de garder espoir.

(6.5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 3 mois


Eric2017

il y a 4 mois

Ce film tiré d'une histoire vraie est à voir ! Il parle des travers de la justice américaine en faisant de ce mauritanien un coupable quoi qu'il dise. Bush Jr et Obama peuvent avoir honte, ce dont je doute. Torturé pour rien à Guantanamo il passe 14 ans en prison. C'est une honte de traiter un être humain de la sorte. Jodie Foster est parfaite dans le rôle de l'avocate mais j'aimerais la revoir dans un rôle encore plus prenant. Quant à Tahar Rahim il est excellent. Vu dans le SERPENT sur Netflix, il joue juste, il est convaincant c'est un grand plaisir de le voir au cinéma. il a une belle carrière qui s'ouvre devant lui. Et puis il ne faut pas oublier Benedict Cumberbatch(Un espion ordinaire-déjà excellent) jouant le rôle de ce colonel qui découvrant le dossier d'accusation, refusa de représenter l'armée américaine devant la cour de justice. Il fut traiter de traitre et viré de l'armée. (G-28.07.21)Voir plus

Dernière modification il y a 4 mois


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