Le passé retrouvé Nouvelle-Zélande 2021 – 95min.

Critique du film

Beaucoup de bruit pour rien

Critique du film: Eleo Billet

Premier long-métrage du réalisateur, acteur et scénariste Matthew J. Saville, ce drame néozélandais explore les relations tendues entre Ruth, une femme caractérielle (Charlotte Rampling) et Sam, son petit-fils endeuillé (George Ferrier).

La plongée dans les espaces ruraux de Nouvelle-Zélande s’accompagne souvent de l’exploration des mythes et cultures du pays d’Océanie. Point le cas ici, puisque le réalisateur choisit de suivre le quotidien terre-à-terre d’un adolescent dépressif du début du siècle, étranger à sa propre famille comme à sa patrie. Le fantastique reste à distance, ne s’immisçant pas même durant les soirées alcoolisées ou le salut que la grand-mère et son petit-fils acceptent d’un révérend anglican ou d’un cheval. L’attachement progressif, fait d’amour-haine, entre Ruth et Sam constitue le cœur de l’œuvre et son point fort, alors même que leur relation s’engage sur des chemins balisés.

Seulement, Le passé retrouvé (Juniper en version originale) ne trouve jamais son ton, oscillant entre un film inspirant sur l’amitié intergénérationnelle face à la mort, et une véritable exploration des tourments de ses personnages. Ces derniers sont pour la plupart réduits à des fantômes, des éléments en arrière-plan qui gravitent autour de Charlotte Rampling, beaux comme les paysages insulaires, mais creux à l’intérieur. Dommage également l’abandon à mi-chemin de la symbolique entourant les coups sonnettes stridents ou la jument blanche, dernière attache à la mère décédée. Aussi, Matthew J. Saville ne se risque pas à insuffler de la poésie macabre dans les relations dysfonctionnelles et se contente de temps en silence, faussement profonds, pour ponctuer leurs dialogues sur les petits riens de leurs vies.

Pourtant, le drame ne manquait pas de thèmes forts entre la dépression, les tentatives de suicide de Sam suite à son deuil impossible, la maladie et l’addiction qui mènent à la solitude, l’enfance en pension que père et fils partagent ou encore la religion. Malheureusement, l’inexpérience du scénariste se fait ressentir jusque dans la construction des protagonistes, puisqu’il ne transcende pas ses idées, bonnes sur le papier, pour leur offrir des arcs mémorables. L’exemple le plus parlant concerne Sarah (Edith Poor), l’infirmière démissionnaire, fervente chrétienne et fascinée par la figure de Ruth, mais dont la relation avec la soignée demeure en surface, alors qu’elle aurait pu mener à un conflit passionnant, l’alcoolisme aidant, à la manière de Saint Maud (2020).

Porté par la performance de ses deux interprètes principaux, Le passé retrouvé révèle le convaincant George Ferrier et offre un beau rôle, loin des aïeules stéréotypées, à Charlotte Rampling qui n’a plus à prouver son talent. Leurs interactions rondement menées, en dépit du scénario, permettent d’oublier les prestations décevantes du reste de la distribution, Marton Csokas en tête, qui n’a pas grand-chose à défendre. Restent des instants de grâce, comme à l’occasion d’une danse au milieu d’adolescents, entre une femme handicapée et son petit-fils, qui la soutient pour la première fois avec amour et un respect mutuel. Sans doute qu’il n’y a rien d’autre à attendre du film que de la tendresse brute entre deux personnages en reconstruction, qui saura faire verser quelques larmes face à un dernier lever de soleil.

16.05.2022

3

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