The Pink Cloud Brésil 2021 – 105min.

Critique du film

La tête dans les nuages

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Comme une étrange science-fiction (du réel), dès l’intro d’ailleurs la farce est annoncée, écrite en 2017 et tournée en 2019, toute ressemblance avec des faits réels est hasardeuse, nous dit-on. Et pourtant «The Pink Cloud» recèle de vraisemblances et de parallèles avec la crise qui nous habite. Alors qu’un nuage rose et d’une toxicité létale recouvre le Brésil, une population entière est contrainte à l’isolement. Présenté en sélection officielle cette année à Sundance, «The Pink Cloud» est à découvrir dès maintenant sur Filmingo.

Leur statut officiel n’était pas véritablement défini, une aventure d’un soir, mais alors qu’un étrange nuage rose recouvre le globe, Giovana (Renata de Lélis) et Yago (Eduardo Mendonça) se retrouvent claquemurés dans le salon de leur grand appartement. La jeune sœur de Giovana est restée cloitrée chez une amie, le père de Yago est coincé avec son infirmier, bientôt la vie est devenue numérique, et parmi les arcanes d’un quotidien silencieux, les semaines et les mois passent avec une lenteur insoutenable. Pour le meilleur et pour le pire, le nuage persiste et l’isolement catalyse les émotions, Giovana et Yago deviennent parents et The Pink Cloud se fait le récit d’une vie parentale mise sous cloche.

Après de nombreux courts-métrages la réalisatrice brésilienne Iuli Gerbase signe ici son premier long-métrage. Présenté en grande pompe au milieu d’un Sundance 2021 qui subissait la même crise que celle évoquée par le film, The Pink Cloud est cette fiction du réel à l’esthétique fantomatique alléchante. Un nuage de coton rose à la toxicité foudroyante, dix secondes suffisent pour vous emporter, voilà le drame qui ouvre et conclut le métrage; entre les deux Iuli Gerbase dévoile son interprétation d’une vie confinée.

À l’instar de notre petit Covid à nous (rappelons que le film a été écrit en 2017), ici la menace est bel et bien visible, elle stagne même, à l’image d’un Michael Myers qui resterait, des années durant, planté le doigt sur la sonnette en bas de chez vous. L’horreur est douce et rose pastel, une couleur qui remplit la lumière du film et que l’on scrute inlassablement comme la promesse d’un retour à la vie d’avant. The Pink Cloud emprunte au surréalisme et ressemble à un épisode de Black Mirror, Giovana et Yago deviennent les dindons d’une farce très contemporaine.

Si l’air est irrespirable, votre espace de vie devient un Tupperware, rien ne rentre, rien ne sort, bientôt des livraisons s’organisent à domicile grâce à un drôle de tube à la fenêtre. Fun, apocalyptique et servi dans un écrin tendrement sci-fi, on rit presque de se voir à l’écran, or la naissance d’un enfant confiné rappellera le film Room, avec Brie Larson avec Jacob Tremblay, et amorce une dégringolade autrement plus sévère. Une narration lente, voire atone pour suivre les déboires d’un couple devenu parents en pleine crise sanitaire et dans l’impossibilité même de se séparer.

Alors on navigue avec eux, la perspective insondable de l’après, le refus du réel, le fantasme d’une autre vie et le pays des rêves (joliment sculpté dans le dernier tiers du film). Fort de la très belle cinématographie de Bruno Polidoro et d'une anticipation d'une justesse étonnante, The Pink Cloud s’organise finalement comme le quotidien de ses protagonistes, une lenteur étourdissante au milieu de quelques notes apaisantes. Pour un premier long-métrage, Iuli Gerbase explore l’arc émotionnel de ses personnages au travers d’un cinéma sincère et exigent. À suivre de près!

20.04.2021

3.5

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