The Nest Canada, Royaume-Uni, Etats-Unis 2020 – 107min.

Critique du film

Jude Law et Carrie Coon, ce couple détruit par les illusions

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

Dans le nouveau film de Sean Durkin, primé à trois reprises au Festival du cinéma américain de Deauville en 2020, un couple, incarné par Jude Law et Carrie Coon, se démène pour garder la tête hors de l’eau. Drame sentimental, The Nest emprunte au genre horrifique, mais sans convaincre complètement pour autant.

Dans les années 80, Rory O’Hara (Jude Law), trader talentueux converti en entrepreneur, vit une existence paisible dans une jolie maison d’une banlieue aisée de New York avec sa femme Allison (Carrie Coon), sa belle-fille et son fils. Débarqué aux États-Unis il y a une dizaine d’années, l’homme sent qu’il est temps de rentrer chez lui, en Angleterre, pour y développer son activité d’entrepreneur.

Ni une ni deux, il déniche un opulent manoir dans le Surrey, y fait construire une écurie pour accueillir les chevaux de son épouse et revient en trombe dans les bureaux londoniens dans lesquels il a fait ses débuts de courtier. L’homme a la folie des grandeurs, dépense sans compter et fait des paris professionnels infructueux. Bientôt, des tensions dans le couple se font sentir. La vie familiale si bien rangée laisse place au chaos agité par les illusions de Rory.

Voilà un film qui pose problème, excellent sur certains aspects, énervant sur d’autres. The Nest propose de très bonnes choses, à commencer par ses personnages principaux. Jude Law excelle en père de retour au bercail en conquérant, bercé par l’illusion d’une vie faite de faste, de grands soupers mondains, de résidences ridiculement énormes et de manteaux de fourrure. Poseur, mythomane, rêvant d’être riche à millions, Rory ne vit que dans ses fantasmes. Quant à Carrie Coon, qui avait brillé dans la série «The Leftovers», elle offre une performance épatante en épouse, à l’opposé de son époux, à la fois dépendante de lui, nourrissant ses lubies en les acceptant, et indépendante et volontaire, n’hésitant pas à mettre les mains dans la terre et le foin pour gagner quelques livres. The Nest marque encore des points grâce à une photographie léchée et des cadrages habiles usant de lents zooms et dézooms, traduisant la confusion et le mystère.

Néanmoins, le film pêche lorsqu’il mélange les genres. Empruntant au genre horrifique, The Nest distille ici et là des éléments inexplicables, qui demeureront inexpliqués: une porte qui s’ouvre toute seule, le cheval d’Allison au comportement inhabituellement nerveux et sa dépouille retrouvée déterrée, le fils du couple effrayé par la bâtisse cossue. Tout laisse à penser que des évènements paranormaux liés à ce gigantesque manoir sont sur le point de débouler, et pourtant. On court après la carotte que Sean Durkin, réalisateur et scénariste, nous agite devant le nez sans jamais pouvoir l’attraper. Le film défile, on attend, mais aucune explication. Ces phénomènes étranges se produisent, laissant le spectateur perplexe. Pourquoi, comment et à quelle fin? Le mystère persiste.

Alors que la question de l’utilité de tels subterfuges se pose, le film aurait sans aucun doute pu s’en débarrasser sans que sa qualité n’en pâtisse, se contentant de parler de cette famille au bord du précipice, de ce couple rongé par les attentes et de la débandade de cet homme nourri par le paraître, ses illusions et autres obsessions, posant la question sous-jacente de l’enfance et des blessures enfouies. Et quand, dans un moment de rare lucidité, un chauffeur de taxi demande à Rory ce qu’il fait dans la vie, ce dernier rétorque : _«je fais semblant d’être riche»_. Rêve versus réalité, paraître versus être, le film ne devient réellement puissant que quand il s’abandonne complètement à cette thématique.

21.04.2021

3.5

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 1 mois

“L’économie du couple”

Homme d’affaires trop ambitieux, Rory annonce à son épouse Allison sa volonté de quitter New York pour retourner à Londres. Une opportunité unique, prétend-il. Là-bas, parents et enfants prennent leurs aises dans un majestueux manoir victorien. Un lieu imposant, mais pas le nid douillet espéré.

« Dis-moi, combien tu m’aimes ? » semble questionner celui qui fait semblant d’être riche. Je t’offrirai un vison, nous construirons des écuries, achèterons un bateau, un loft dans la City et pourquoi ne pas investir le Portugal, la Riviera étant dépassée ? Mais le reflet dans ce miroir aux alouettes est trop beau pour être honnête. Le vernis du portrait de ces pauvres riches se craquelle. Alors qu’elle s’enfonce dans la terre, lui se brûle les ailes à force de vouloir voler au plus près du soleil.

L’amour et l’argent font-ils bon ménage ? Pourquoi ce retour dans les années 80 pour poser la question, si ce n’est permettre à l’héroïne, jasmin bleu qui se fane, de griller cigarette sur cigarette ? La problématique est-elle si différente aujourd’hui où tout se gagne et se perd plus vite encore ? Si le film ne va pas aussi loin dans la noirceur qu’attendu, il maintient bien la tension et impressionne par quelques scènes chocs : Allison oblige son mendiant de mari à quitter la chambre pour qu’il ne découvre pas la cachette où sont dissimulées ses quelques économies. Puis ce cadavre animal que l’on transporte par pelleteuse, symbole de ses illusions perdues. On achève bien les chevaux. Il convient de revenir alors à l’essentiel… un petit-déjeuner en famille.

(7.5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 1 mois


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