Promising Young Woman Royaume-Uni, Etats-Unis 2020 – 113min.

Critique du film

Psycho Killer

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Oscar ô combien mérité du meilleur scénario original lors de la cérémonie 2021, Promising Young Woman se fait le récit d’une croisade, celle de Cassie qui cherche à venger son amie Nina disparue. Pour arriver à ses fins, le stratagème est pour le moins surprenant, cette jeune femme rôde le soir dans les bars et se fait passer pour plus alcoolisée qu’elle ne l’est vraiment… Passants, vous voilà prévenus, Cassie a un plan!

Une sombre affaire qui remonte à l’université, un trauma qui aura coûté la vie à la meilleure amie de Cassie (Carey Mulligan). Les années étouffant l’affaire, personne ne semble plus se souvenir de rien. Oui, mais Cassie n’a jamais tourné la page et entend bien venger le souvenir de son amie. Alors pour arriver à ses fins, la séduisante jeune femme rôde le soir et attire dans ses filets ces bonhommes qui voient en une jeune femme alcoolisée une opportunité à saisir. À l’orée de ses 30 ans et au grand dam de sa mère, Cassie ne vit que pour sa vengeance, seule et trime dans un petit café avec sa patronne (Laverne Cox). Et alors qu’un certain Ryan (Bo Burnham) refait surface, l’heure pourrait être à la rédemption, mais les apparences sont trompeuses... C’est l’heure du jugement dernier qui a sonné!

Un uppercut scénaristique à la noirceur implacable; Emerald Fennell auteure de la série à succès «Killing Eve», signe un objet explosif pour nous parler du viol, de son déni systémique, du silence des années et de ses ravages. Dévastée par la disparition de son amie, la jeune Cassie s’est investie d’une mission, celle de se venger d’un certain pan de la gent masculine. Quand l’alcool coupe la tête à Cerbère, ils sont quelques-uns le soir, la plume au fusil, prêts à signer un pacte romantique. Les voilà qui rôdent comme des hyènes en cravate, prêts à commander un Uber pour vous offrir un toit. Et c’est à Adam Brody, en ouverture, d’incarner l’ordure à belle gueule de boite de nuit. Cassie est affalée dans le pourpre d’un club, la voilà qui devient un pari (facile).

Ainsi s’entame Promising Young Woman et Emerald Fennell dévoile un script à l’humour noir comme un smoking de producteur. Carey Mulligan incarne impeccablement cette amazone, envers et contre tous, calculatrice et séduisante, sorte de Lolita croisée à Harley Quinn sifflotant «Psycho Killer - Qu'est-ce que c'est?». Le dessein de Cassie s’écrira batte à l’épaule et à grands coups de bluff. Et ils tombent les uns après les autres dans les mailles d’un piège savamment tendu. Elle se venge à tue-tête; derrière le comptoir de son café, elle câble ses plans, mais lorsqu’elle retrouve un ancien camarade de classe, une vieille chape de vase refait surface. L’accalmie ne sera que de courte durée et celle qui tirait au hasard retravaille sa cible. Dès lors, le diable a un visage et porte un nom.

Si la temporalité et l’inventivité du scénario ainsi que le montage survitaminé n’auront pas manqué de séduire l’Académie des Oscars, Promising Young Woman surfe finalement à l’orée du chef-d’œuvre et semble hésiter, du moins navigue, et ce jusque dans son final (et on aurait presque souhaité que la gravure finale se fasse sur le front à la Inglourious Basterds), entre objet pop et thriller comico-sanglant. De rester dans la zone du milieu, Promising Young Woman manquera peut-être de complètement embraser la foule. À l’image de son amourette avec un Bo Burnham sympathique et quasiment toutes les scènes dans le café, et bien que ce soit toujours un plaisir de retrouver Laverne Cox à l’écran, la bobine patine parfois et avance par à-coups. Mais pour l’écriture, son humour et son amour du cinéma, Promising Young Woman reste un film rare.

12.05.2021

4

Votre note

Commentaires

Vous devez vous identifier pour déposer vos commentaires.

Login & Enregistrement

CineFiliK

il y a 17 jours

“Lady vengeance”

Accrochés au bar d’une boîte, plusieurs verres à la main, trois collègues observent une demoiselle en détresse. Assommée par l’alcool et autres drogues peut-être, celle-ci s’affale sur un divan, jambes écartées. « La porte est ouverte », se dit-on. L’un des assoiffés décide d’approcher et convainc l’éméchée de la raccompagner. Mauvaise idée.

Qui est cette fille ? Chaperon bleu laissant les loups soulever son jupon avant de les mordre à pleines dents ? Blondine aux ongles arc-en-ciel castrant les étalons qui voudraient la chevaucher ? Une folle Harley Quinn intimidant les automobilistes mâles avec sa matraque en fer ? Une infirmière sexy cherchant à suturer des plaies encore ouvertes ? Comtesse christique prête à se sacrifier pour la vengeance ? Avant le drame, Cassie était pourtant si prometteuse, des études brillantes et un avenir tout tracé. Ses parents chez qui cette trentenaire habite encore s’inquiètent pour elle et nous aussi.

Dans le rôle, Carey Mulligan, au physique ici de Britney Spears, enfile avec grâce et entrain les costumes de la lolita crédule et innocente ou de l’aguicheuse au maquillage « toxic ». La voix éraillée de violons rejoue d’ailleurs le thème de la chanson pour accompagner Cassie au bal des diables. Les hommes qu’elle affronte – la figure du père exceptée – ne sont que des entrejambes qui se trémoussent sur la piste de danse avant de ramollir face à leur responsabilité aussi vite qu’ils ont durci. Même les princes apparemment charmants déçoivent. Quant aux femmes ? Victimes, idiotes, complices ou punitives. Pas de réconciliation possible entre sexes dans ce monde qui balance ses porcs. Le scénario, pourtant oscarisé cette année, montre ainsi ses limites.

Pour accepter la caricature, il faut néanmoins y voir le conte grave et moderne qu’elle affiche. La belle au milieu des bêtes, parabole d’une certaine réalité. La mise en scène astucieuse de ce premier film joue sur les couleurs bonbon, les clichés liés aux genres, les dialogues épicés et la musique pour construire un semblant de romance. Audacieuse, elle choisit Paris Hilton comme entremetteuse dans une scène amusante et tendre à souhait. On voudrait tant y croire. Mais l’ange de la mort ne s’éloigne jamais très loin d’Eros.

(7.5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 17 jours


Autres critiques de films

Nomadland

Mortal Kombat

Cruella

The Father