Honeyland Macédonie 2019 – 90min.

Critique du film

Au fil du temps

Björn Schneider
Critique du film: Björn Schneider

Bercé d’images gracieuses et pittoresques, le documentaire Honeyland appelle à une approche respectueuse et durable de la nature. Un documentaire on ne peut plus actuel.

L'apicultrice Hatidze mène une vie reculée, solitaire et heureuse dans les montagnes du nord de la Macédoine. Les journées sont rudes. Elle s'occupe aussi de sa mère, gravement malade, mais profite d’une vie au milieu de la nature, tendrement accompagnée de ses abeilles, auxquelles elle laisse toujours la moitié de sa production, l’autre sera vendue au village. Une routine bercée de tranquillité, mais l'idylle est bouleversée lorsqu'une famille s'installe dans le quartier avec ses animaux de ferme. Et contrairement à Hatidze, les nouveaux arrivants perçoivent le miel comme une marchandise lucrative et rentable.

Pour leur premier film en duo, Ljubomir Stefanov et Tamara Kotevska se consacrent à un mode de vie menacé d'extinction. Le portrait d'une existence simple, faite de privations et pourtant en harmonie avec la nature. Hatidze vit dans cet endroit isolé au milieu des champs, sorte de contrepoint à nos métropoles européennes surpeuplées, surmédiatisées. Elle chantonne pendant le travail et s’épanouit de quelques conversations avec les clients du marché de Skopje. Hatidze vit au jour le jour et malgré la pauvreté, rayonne d’optimisme.

En raison de l'absence d'interview et de commentaire, le documentaire Honeyland aura des airs de long-métrage, or tout est réel, rien n'est joué, ni scénarisé. L'authenticité qui jaillit des protagonistes (et surtout de Hatidze) est un gain immense pour le film, magnifié d’une cinématographie gracieuse et poétique. Personne ne semble remarquer la caméra, la fabrication s’oublie au profit des images.

Subtile aussi, la composition d’un paysage sonore. Moteurs, bourdonnements d'abeilles et cris d'enfants magnifient les plans. Une sensibilité se dégage, une quiétude aussi. Entre les lignes, le duo parle de notre époque et de problématiques cruciales. L’intrusion de cette famille et le comportement du père évoquent l’imprudence, les comportements gaspilleurs, l’avidité, le profit. Une catharsis édifiante, la lutte de Hatidze pour l'équilibre des pouvoirs et le traitement attentif de sa colonie d'abeilles montrent à quel point la coexistence entre l'homme, l'animal et la nature est d’une fragilité inouïe.

10.06.2020

4.5

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