Critique16. Februar 2024

Berlinale 2024 : «All Shall Be Well», la perte d’un amour au crépuscule de l’existence

Berlinale 2024 : «All Shall Be Well», la perte d’un amour au crépuscule de l’existence
© Mise en Scene filmproduction

Figure montante du cinéma queer hongkongais contemporain, Ray Yeung revient à la Berlinale pour présenter «All Shall Be Well» et repart avec le Teddy Award du meilleur film.

À Hong Kong, Angie (Patra Au) et Pat (Lin-Lin Li) sont deux femmes de la soixantaine en couple depuis trente d’ans. Mais lorsque Pat meurt subitement sans laisser de testament, Angie se retrouve dépendante de sa famille, à qui tous les biens reviennent. Si Shing (Tai-Bo), le frère de Pat, et sa femme promettent à Angie de s’occuper d’elle, les deux parties commencent à diverger.

Le réalisateur hongkongais Ray Yeung est de retour pour la Berlinale ! Après les anglophones «Cut Sleeve Boys» (2006) et «Front Cover» (2015), il y présentait déjà en 2020 son premier long métrage en cantonais : «Un printemps à Hong kong». Cette histoire d’amour naissant, et secret, entre deux hommes d’un certain âge avait touché le public. Et dans son nouveau film «All Shall Be Well», présenté dans la catégorie Panorama et en compétition pour le Teddy Award, il met une nouvelle fois en avant les personnes queers de plus de soixante ans.

Si «Un printemps à Hong Kong» scrutait les premiers instants d’une relation, «All Shall Be Well» en dévoile la fin. Après 30 ans d’une précieuse affection joliment illustrée dans les premiers instants du film, Pat s’éteint, laissant Angie seule et brisée. Si la tragédie s’installe, le cinéaste réussit à ne pas la rendre pesante à outrance. Les instants d’émotions restent tout en retenu, permettant au public de garder toute sa clarté pour observer le conflit qui, doucement, divise Angie et la famille de Pat.

© Mise en Scene filmproduction

Pour réaliser son projet, Ray Yeung fait appel à des collaborateurs et des collaboratrices déjà présent.es dans son précédent film. Ainsi, de nouveau, le directeur de la photographie Ming-Kai Leung capture à l’aide de sa caméra l’âme imposante d'Hong Kong. Du bord de mer, au cours intérieur d’un building, en passant par de petits appartements désuets, il recouvre la ville d’une teinte passée et terne, en écho à la tristesse de sa protagoniste. Visuellement stimulant, le résultat enchante.

Du côté de la distribution, Patra Au et Tai-Bo sont de retour devant la caméra du cinéaste. Cette fois-ci, c’est Patra qui assume le premier rôle. Célébrée dans plusieurs festivals asiatiques pour sa participation à «Un printemps à Hong Kong», qui était son tout premier long métrage, elle incarne ici admirablement une Angie meurtrie par la perte de sa partenaire. Et sans exagération, elle laisse transparaître son émotion et porte tout le poids du deuil. Avec bien plus de réserve, mais tout en naturel, Tai-Bo incarne Shing, le frère de Pat.

En choisissant au premier plan un couple lesbien de personnes âgés, Ray Yeung met la lumière sur une communauté encore mal acceptée dans son Hong Kong natal. L’histoire, très linéaire et peu originale, se devine plus rapidement qu’elle ne se découvre et aucune surprise ne viendra troubler le public. Mais l’œil artistique du réalisateur et le jeu de Patra Au apportent une fraîcheur bienvenue.

3,5/5 ★

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