Un divan à Tunis France 2019 – 88min.

Critique du film

La psychanalyse vue par Golshifteh Farahani

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Pour son premier film, Manele Labidi s’engouffre dans la société tunisienne post Ben Ali, en 2011. Une comédie en lieu et place du drame social, avec ses questionnements et ses caricatures.

La chute du dictateur est consommée. Le Printemps arabe à porter ses fruits et le pays vit une révolution; un pays avec de nouveaux droits. Selma (Golshifteh Farahani), revenue de Paris pour ouvrir un cabinet de psychanalyse, se frotte à ses racines et ses compatriotes. Un nouveau départ pour un pays, ainsi que pour la jeune femme, décidée à donner un peu d’air aux habitants, grâce à son attention et son fameux divan.

Balayer la société tunisienne grâce à un cabinet de psychanalyse? On peut voir la chose sous cet angle. Selma (Golshifteh Farahani) est le point de départ, une jeune femme venue renouer avec ses racines tunisiennes. Se sentant inutile en France, elle sent que les habitants, ici, ont besoin d’elle. Une photographie de Sigmund Freud, coiffé d’un chapeau turc, pour digne ange gardien, Selma tente d’apaiser ses clients alors qu’elle encaisse nombre de questions à propos de son célibat.

Un statut de femme célibataire qui intrigue, qui se mélange à ses déboires avec la bureaucratie tunisienne. Un pays vivant le renouveau, un pays dorénavant avec de nouveaux droits, que le policier local, Naim, (Majd Mastoura) incarne dans une posture assez paradoxale: dans ses propos et ses actes, il y a incohérence. Une équation sociétale que Manele Labidi cadre dans l’autre réflexion du film: l’identité et les racines de Selma. Est-elle Tunisienne ou Française? Est-elle une étrangère dans son propre pays? La problématique est soulevée correctement, sans pour autant nous embarquer pleinement. Expliquant cette confusion identitaire jusque dans le langage corporel, il y avait peut-être mieux à faire en usant d’un ton plus dramatique, plus profond, évitant l’écueil de la comédie légère.

Golshifteh Farahani, se frottant aux petites piques intempestives, aux petites insultes telles que : «fille hautaine post-colonialiste», en passant par des patients toujours plus dérangés les uns que les autres - l’un d’eux la pense agent du Mossad tandis qu’un autre lui explique que Poutine le hante dans ses rêves -, Un divan à Tunis évoque la transition vers une démocratie, portée par un nouvel élan politico-social. Aussi, l’histoire se mêle à une quête plus personnelle, un héritage parental que Selma tente d’empoigner et même de venger - l’exil de son père est un aveu de faiblesse pour Selma. Un divan à Tunis tente de ressortir un propos louable, parfois incohérent et désordonné, mais le portrait non-dénué d’intérêt d’une population tunisienne en pleine évolution.

En bref!

Un commentaire sur la nation, sur un pays qui se reconstruit pièce par pièce à travers une démocratie toute neuve. Manele Labidi use de la comédie un peu patraque pour extraire le message d’une quête identitaire au milieu d’hommes et de femmes légèrement déboussolés.

10.02.2020

2.5

Votre note

Commentaires

Vous devez vous identifier pour déposer vos commentaires.

Login & Enregistrement

Marcelo

il y a 8 mois

SEXE, prison!
Ce film m'a surpris. Quête du père, rechercheS d'identitéS, la fable psychanalytico-ethnique n'est pas qu'une comédie habile. Sur ce divan insolite, j'ai appris une nouvelle émotion, pas encore très claire dans mon esprit ou peut-être dans mon corps. En effet, je savais qu'on pouvait pleurer de rire, avec tendresse et complicité, je sais désormais qu'on peut, que je peux aussi "rire de pleurs"..! Lorsqu'au deux tiers du film, le Docteur Freud s'improvise patrouilleur du TCS, aussi silencieux qu'irréel, je n'ai pas pu me retenir... Délicieusement honteux, le visage chaudement trempé, j'ai dû assumer mon émotion au retour des lumières : j'avais oublié mes mouchoirs...
Rire de pleurs! Vous connaissez? Moi j'apprends.
Courez-y!
MarceloVoir plus


CineFiliK

il y a 8 mois

“En analyse”

Selma quitte la France pour son pays d’origine, la Tunisie. Elle souhaite y ouvrir un cabinet de psychanalyse. Un lieu qui risque de déstabiliser le quotidien des habitants du coin.

Revenir au bled après avoir fait ses gammes à Paris est un aveu d’échec. De plus, une jolie fleur qui encourage les discours à connotation sexuelle ne peut que délier les langues des vipères alentour. Pourtant Selma, aussi naïve qu’idéaliste, souhaite principalement aider ce pays qui, au sortir d’une révolution aux senteurs de jasmin, n’a pas encore trouvé son équilibre.

Le contraste entre les deux mondes est amusant. L’air sévère d’un portrait de Sigmund Freud évoque pour certains celui d’un Frère musulman. Par manque de moyens, un alcootest prend les allures d’un baiser sensuel. Des pépites qui ne sauvent pas le film d’un certain comique de répétition quelque peu superficiel, malgré la grâce de Golshifteh Farahani.

6.5/10Voir plus

Dernière modification il y a 8 mois


Casper73

il y a 8 mois

Manque de ressort et d’épaisseur pour ce film qui se réclame de la nouvelle génération tunisienne. L’héroïne Selma, fraîchement diplômée en psychanalyse, revient au pays afin de transcender ses failles et inscrire ses racines en apportant une nouvelle sève psychanalytique à ceux qui sont restés. Propos naïf, femme féministe peu assertive, situations caricaturales ; ce film balance entre critique sociétale appuyée et un certain humour sans parvenir à convaincre de sa posture redressée.Voir plus


Autres critiques de films

Greenland - Le Dernier Refuge

Dark Waters

La bonne épouse

Yakari, La Grande Aventure