Memory Mexique, Royaume-Uni, Etats-Unis 2023 – 104min.

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CineFiliK

il y a 21 jours

“N’oublie jamais”

Approchée par un homme lors d’une réunion d’anciens camarades, Sylvia quitte la soirée précipitamment, sans un mot. Il la suit jusqu’à chez elle. Angoissée, la femme s’enferme à double tour. Le lendemain, elle le retrouve devant sa porte, transi de froid, et croit l’avoir reconnu.
Elle, assistante sociale dans un foyer pour adulte, tente de trouver un équilibre dans sa vie après des années d’alcoolisme. Des souvenirs amers la rongent de l’intérieur. Lui est atteint de démence précoce et oublie trop vite. Sylvia et Saul, elle et lui. Deux cabossés qui se rapprochent, s’entrechoquent et se raccrochent.
Il règne une intranquillité dans cette histoire percée d’opacité. La rencontre entre les deux personnages crée une tension, la réalisation parvenant subtilement à dissimuler le traqueur silencieux derrière un pilier ou dans le flou de l’image. Serait-ce un fantôme surgi d’un passé que Sylvia va devoir affronter ? Puis un renversement s’opère faisant de la proie prévisible une potentielle vengeresse. Avec ses problèmes de mémoire, Saul s’égare vite au risque de ne plus savoir où il est et ce qu’il fait. En deviendrait-il dangereux ? Autour d’eux gravitent de nombreux visages que l’on identifie peu à peu. Fille, frère, sœur, nièce font preuve de bienveillance de prime abord. Mais le poids lourd du secret enferme une famille dans l’ambivalence et le non-dit. Ce sont encore les enfants qui donneront la leçon aux parents. Une fois l’éclat de la vérité, la tension ne redescend guère et il suffit d’une mauvaise porte à ouvrir pour que le pire des malentendus puisse advenir. Sans en montrer davantage, à coups d’ellipses, l’attention du spectateur ne baisse pas.
Le malaise ambiant créé avec méthode par Michel Franco désamorce le pathos du mélodrame, malgré les larmes qui coulent sur les joues de Sylvia et du Saul pleureur. Incarnés par Jessica Chastain et Peter Sarsgaard, tous deux se rassemblent dans une baignoire qui lave et réchauffe. Lors de leur première étreinte charnelle, le visage de l’actrice parvient à exprimer à la fois l’excitation du moment et la terrible angoisse que son personnage peut ressentir entre les bras d’un homme. Scène magnifique. Et quand résonne une dernière fois le slow A Whiter Shade of Pale, c’est notre cœur qui se serre

(7/10)Voir plus

Dernière modification il y a 19 jours


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