Le Bleu du caftan Belgique, Danemark, France, Maroc 2022 – 123min.

Critique du film

Triangle amoureux dans la médina de Salé

Critique du film: Maxime Maynard

La réalisatrice marocaine Maryam Touzani se balade dans la ville de Salé pour conter les tourments d’un homme déchiré entre son couple et ses désirs.

Halim (Saleh Bakri) et Mina (Lubna Azabal) sont mariés depuis 25 ans. Ensemble, ils tiennent un magasin de caftan dans la médina de Salé. Lui coud et brode ; elle conseille une clientèle souvent exigeante. Pour répondre à la forte demande, le couple engage Youssef (Ayoub Missioui) comme apprenti. Petit à petit, dans l’ombre de l’arrière-boutique, une certaine affection commence à éclore entre les deux hommes. Une émotion qui n’échappe pas à Mina.

Pré-sélectionné dans la catégorie meilleur film étranger aux derniers Oscars, gagnant dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2022, Le bleu du Caftan ne peut laisser indifférent. Aidé au scénario de son mari, le réalisateur Nabil Ayouch, Maryam Touzani offre une œuvre poétique, douce représentation d’une romance au masculin, et suit avec retenu la vie de ses personnages. Une pudeur, de plus en plus absente du cinéma occidental, qui, pourtant, accentue par contraste les tensions relationnelles et la sensualité des passions.

Sur la musique de Kristian Ednes Andersen (Antichrist, Vivarium), aidée par les magnifiques compositions visuelles de la directrice de la photographie Virginie Surdej, qui collabore à nouveau avec Maryam Touzani, la caméra capture avec talent les âmes vibrantes de Halim, Mina et Youssef. Souvent au plus près de ses protagonistes, elle se rapproche régulièrement des mains, et laisse le public admirer avec curiosité l’art ancestral de la confection de caftans. Des mains, expertes, qui mesurent et cousent, mais aussi, plus timidement, touchent, caressent, effleurent.

Aperçu en 2021 dans le film Costa Brava, Lebanon et dans le court métrage The Present, nommé aux Oscars de 2020, Saleh Bakri captive. Car, si les yeux sont le miroir de l’âme, son regard, bouillonnant d’ardentes émotions, clame avec ferveur, et bien mieux que n’importe quel monologue, les tourments intérieurs de son personnage. À ses côtés, une Lubna Azabal solaire crève l’écran. Vibrante d’un bout à l’autre de l’œuvre, dans les instants de joie comme de drame, l’actrice belge fait preuve d’une admirable versatilité qui ne peut que fasciner.

Le bleu du Caftan est un long métrage poignant, porté par la parfaite alchimie de sa distribution. À savourer.

20.03.2023

4.5

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 1 an

“Le cri de la soie”

Halim et Mina possèdent un atelier traditionnel de couture au cœur d’une médina marocaine. L’engagement de Youssef en tant qu’apprenti va susciter le trouble au sein du couple.

La bande annonce ne convainc guère et laisse présager une histoire adultère homosexuelle bien pesante dans un pays qui les condamne fermement. Si le film n’échappe pas à quelques accablements – lenteur ambiante, musique ampoulée, affres de la maladie –, il avance le plus souvent entre délicatesse et pudeur. Ainsi, le tissu entraîne toute une symbolique sur l’éveil des sens. Les gestes précis que l’on accompagne et qui rapprochent, l’importance de la marge lors de la découpe, l’aiguille enfoncée pour faire crier la soie… Le bleu pétrole du caftan rappelle les yeux azur d’Halim qui ne peut exprimer son désir que par un regard détourné, une inspiration appuyée ou la caresse du textile. Les corps se frôlent et se dérobent. Impuissante et affaiblie, Mina tente d’attaquer son rival à coups de satin rose. Mais, vaincue par l’amour, elle l’adoubera par une danse d’épaules et une invitation autoritaire au hammam, seul lieu où les rencontres masculines semblent possibles, tolérées en silence. Dans ce triangle des sentiments, le plus beau demeure ce corps féminin couvert d’or et porté en triomphe par les deux hommes qu’il relie à tout jamais.

(6.5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 1 an


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