CH.FILM

La balade des grands arbres Georgia, Allemagne, Suisse 2021 – 92min.

Critique du film

De l'excentricité d’un milliardaire

Critique du film: Maxime Maynard

Voilà déjà près d’un an que le festival de Sundance découvrait en avant-première le documentaire de la cinéaste géorgienne Salomé Jashi. Aujourd’hui, La Balade des grands arbres atteint enfin nos salles sombres. Et quand la réalité dépasse la fiction, de gigantesques arbres migrent majestueusement, mués par la convoitise d’un homme d’affaire fortuné.

Ancien président de Géorgie, milliardaire insolite, Bidzina Ivanichvili dispose d’une intrigante passion : la collection d’arbres centenaires. C’est dans tout le pays que ses employés déracinent et transportent en grande pompe ces géants de la nature jusqu’à son terrain privé. Mais derrière chaque arbre se dresse un bien triste bouleversement, pour les anciens propriétaires, pour le paysage, pour la nature.

Un arbre, immense, majestueux, domine de toute sa hauteur les courants marins. Navigant, contre toute logique, sur les paisibles flots de la mer noire. La beauté de cette image, la fascination qu'elle entraine, ne cache pas un certain malaise. À contre-courant du rythme naturel des choses, cette vision fige nos sourires. Favorisant les plans larges, la réalisatrice donne la liberté à nos regards de se déplacer, d’embrasser le paysage, de questionner l’image. L’abondance d’informations visuelles complète chaque action, assurant aux spectateurs une meilleure lecture, une plus grande analyse de la situation. Il se compose un véritable tableau. La caméra, tournée vers ces espaces ouverts, prend son temps, capture dans une douceur méditative les moindres détails. Aucun mot n’est prononcé, aucune musique n’est jouée. Rien n’est ajouté, si ce n’est ce qui nous est donné à voir. Les premières secondes en sont délicieuses, mais semble s'étirer, une fois la minute dépassée. Alors, nous contemplons davantage.

Le schéma de l’œuvre est clair : des interactions entrecoupent les longs plans de la nature. Les employés, en pleine extraction, les anciens propriétaires de l’arbre, les habitants, observant la transformation des paysages, tous y vont de leurs commentaires, de leurs contestations. Car le transport de ces géants et son influence sur l’environnement ne passe pas inaperçu. Le dédain pour la nature est palpable. Le chamboulement des paysages est réel et impacte les résidents. Les plantes, spectatrices de la course folle du temps, témoins des souvenirs, jouent leur madeleine de Proust. Des moments de nostalgies fleurissent, des réminiscences éclosent. On nous parle de la famille, de la jeunesse, des grands-parents : ceux qui ont planté cet arbre même, prêt à être déraciné. Les regards se font lointains, les voix tremblantes. Mais les promesses financières surviennent, et dans ces régions appauvries, le choix est rapidement fait.

À la frontière entre l’Europe et l’Asie, la Géorgie fascine. En retrait, Salomé Jashi partage une histoire, celle de son pays, celle de ses habitants. Une histoire qui pourrait paraitre loufoque, amusante, insolite, si les répercussions n’étaient pas si néfastes. Contemplatif, le documentaire embrasse de sa caméra la grandeur de la nature. Le temps peut sembler parfois ralenti, les quatre-vingt-dix minutes s’étirent, mais l’intérêt reste toujours présent.

05.01.2022

3.5

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