CH.FILM

Happy Pills Suisse 2021 – 84min.

Critique du film

La pilule qui passe mal

Critique du film: Fanny Agostino

Autour du globe, l’usage des produits pharmaceutiques se généralise. Le Suisse Arnaud Robert et le photographe Paolo Woods interrogent la consommation quotidienne de ces petites gélules pour remédier à la morosité et à l’échec dans toutes les classes sociales. Une réalité digne d’un épisode de Black Mirror.

Ils viennent des quatre coins du monde et ont tous une raison valable d’utiliser des médicaments dans leurs quotidiens. Qu’ils soient culturistes à Bombay, diagnostiqué TDH aux États-Unis, homosexuel en Israël ou mère célibataire au Pérou, tous considèrent les pilules comme une solution miracle aux difficultés de la vie. Une douce illusion pour repousser les angoisses, le manque de performance ou la fatigue. Un point commun qui semble exagéré, mais qui se révèle, au fil du documentaire, symptomatique des promesses d’une industrie pharmaceutique toujours plus indispensable.

Journaliste à la RTS et au Temps, Arnaud Robert fait équipe avec le photographe Paolo Woods. Une complémentarité qui n’est certainement pas innocente au fait que tous les protagonistes se confient à propos de sujets intimes. Sans jamais tomber dans le voyeurisme ou dans le sentimentalisme, les témoignages se succèdent, certains avec beaucoup d’émotions. C’est le cas de Patrick, quinquagénaire helvétique, qui livre ses pensées suicidaires et son parcours pour vaincre la dépression. La réalisation est soignée avec un travail détaillé des chromatiques et le cadrage n’est pas sans rappeler la tradition des films liés à la mouvance du réalisme social.

Mais le documentaire ne se contente pas de mettre en lumière les incohérences et les dangers bien connus des médicaments. Il s’aventure vers des problématiques parfois ignorées, comme l’usage du Tramadol au Niger. Antidouleur très puissant, celui-ci est utilisé pour faire disparaître le sentiment de fatigue des jeunes travailleurs. L’épuisement devient indolore, les efforts sont plus conséquents et la dépendance augmente. Le risque d’addiction est lui éludé, au profit du soulagement instantané procuré par le comprimé.

Les médicaments sont consommés comme de petites friandises multicolores. Mais le rouge n’a plus le goût de la fraise, seulement celui d’un cauchemar édulcoré. Arnaud Robert et Paolo Woods se sont lancés dans un travail journalistique vaste – il a d’ailleurs fait l’objet d’un livre et d’une exposition. Face à l’implacable logique de multinationales, des témoignages bien humains, qui mériteraient une véritable investigation détaillée.

07.02.2023

3.5

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