France Belgique, France 2021 – 133min.

Critique du film

Dumont s’empare du culte de la personnalité

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Présenté au dernier Festival de Cannes, le nouveau film de Bruno Dumont envoie Léa Seydoux au charbon, dans la peau d’une journaliste star sous le feu des critiques. La trajectoire d’une femme égocentrique dans une tragicomédie un poil molle.

« Tout ce théâtre à la con », soupire France de Meurs (Léa Seydoux). Dans France, l’égo d’une journaliste l’enverra dans de sales draps. À trop courir après l’audimat et le sensationnalisme, la reporter et présentatrice sombrera dans une crise existentielle au milieu d’une époque faite de narcissisme et de voyeurisme; une débâcle démultipliée par l’influence des réseaux sociaux et des médias.

Une émission « Un regard sur le monde », qu’on penserait tout droit tirée de « Cash Investigation » d’Élise Lucet. Des plateaux et des reportages sur le terrain, pour faire de l’audimat et faire pleurer dans les chaumières, quitte à transmuer la réalité en une grande farce orchestrée. Mais un détail est diablement important: France de Meurs est toujours le centre de l’attention, elle se donne le beau rôle et brille aux yeux des téléspectateurs. Son visage avant tout. Elle a bon dos l’intégrité journalistique. Les mensonges des médias, la grande supercherie pour sujet principal. Le monde des médias en prend pour son grade et Dumont dépeint une fresque qui définit le culte de la personnalité.

Léa Seydoux, correcte dans le rôle de France de Meurs, avance et s’enfonce dans le grand vide de la célébrité. Cernée par les lumières du show-business, la chute sera limpide, presque inévitable pour une femme qui ne pense qu’à elle, égocentrique et jouant avec la triste réalité d’autres individus. Bruno Dumont capte l’individualisme d’une femme censée parler des autres, mais préférant se mettre en avant. Dans un style assez étonnant, frôlant parfois le film « ovniesque » où la fantaisie se frotte à la crasse réalité, France est une diatribe du star-system. Un terrain de jeu rêvé pour son auteur, pour régler ses comptes avec l’actualité sensationnaliste.

Malheureusement, la satire a ses limites, et France souffre de ce délire de l’égo de plus de 125 minutes. Bruno Dumont s’évertue à se moquer d’un pays, d’un public, des « idiots utiles » qui s’abreuvent des infos d’« une belle utile ». Voilà le schéma. Le métrage se transforme en une jungle caricaturale et grotesque, phagocytant un début plutôt fluide et convaincant. Un pamphlet qui frise le ridicule et s’amusant à user d’acteurs et d’actrices presque inutiles dans un tel scénario. Les performances de Blanche Gardin, dans le rôle de l’assistante de France, et Benjamin Biolay, dans la peau du mari, sont tout simplement mauvaises, presque agaçantes. Mais à leur décharge, ces personnages sont mal écrits et manquent terriblement de nuance. Ce portrait qui décalque « cette France d’en haut » comme l’expliquait le cinéaste à Cannes, n’a que cette rage passagère et cette critique bien terne du narcissisme - et des réseaux sociaux - de notre époque.

24.08.2021

3

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 1 mois

“Fake news”

Journaliste de télévision adulée, France de Meurs parcourt le monde en quête d’exclusivité. Mais quand elle renverse un scootériste par accident, toutes ses certitudes s’effondrent.

Tailleur Dior et brushing impeccable, la reporter de charme a rendez-vous à l’Elysée. Assise au premier rang, la bonne élève attire l’attention du Président par ses messes basses impolies et calculées. Séduit par l’effrontée, Emmanuel Macron lui accorde la première question. C’est la victoire en chantant. Une entrée en matière montée de toutes pièces par Bruno Dumont afin d’asseoir son propos.

Car France cultive l’art du faux. Au Sahel, en Syrie ou peut-être en Libye, la correspondante devient réalisatrice. Elle fait jouer ses combattants témoins, commande son caméraman et crie « Action » ou « Coupez ». Même sous les bombes, la belle se met en scène en arborant un rouge à lèvres couleur sang. Après le danger, le réconfort près de la piscine du palace du coin ou à bord d’un bateau confortable, loin du pneumatique de fortune sur lequel s’entassent des migrants africains.

Le factice imprègne l’intimité de la femme, comme cet appartement-musée qu’elle habiterait, son mariage non rentable où tentent d’exister en gagnant cinq fois moins son mari écrivain et leur fils qui ne la respecte pas. La fatalité qui scellera leur destin a tout d’une publicité pour automobile.

Le trucage démonte les paysages parisiens qui défilent lors de ses nombreux déplacements en voiture. Le pare-brise s’agrandit et devient écran de cinéma, comme dans les films anciens. Et ces décors montagnards, carte postale bavaroise.

La star satellise des personnages caricaturaux qu’ils soient intervieweurs comme elle, politiciens ou simples quidams avides d’un autographe ou d’un selfie de préférence. Palme à Lou, son assistante, l’humoriste Blanche Gardin, telle qu’elle s’illustre sous les projecteurs.

L’art du mensonge et de la trahison enfin, lors d’une romance avortée. Si l’amoureuse a les idées claires, son cœur lui fait mal.

Dans ce portrait caustique d’une profession et d’un pays, le cinéaste nordiste semble vouloir dénoncer le diktat médiatique en quête perpétuelle de sensationnalisme. Un théâtre des illusions dans lequel le pire, c’est le mieux. Son long discours, souvent ampoulé, ne convainc pas toujours. Mais Léa Seydoux révèle un arc-en-ciel émotionnel bienvenu. En icône vénérée, narcisse arrogant qui se fane, épouse castratrice ou éplorée, mécène bouleversée par une luxation, femme bafouée, l’actrice sauve la France et fascine.

(6/10)Voir plus

Dernière modification il y a 1 mois


Eric2017

il y a 1 mois

Autant le dire tout de suite ce film ne m'a pas plu du tout. Malgré l'interprétation de Léa Seydoux, j'ai eu droit a un défilé de mode où à chaque scène elle porte des habits différents. 133 minutes pénible avec des scènes longues qui n'apporte rien. Ce film est une critique interminable du milieu journalistique en général. Normalement et c'est très rare en ce qui me concerne j'aurais pu quitter la salle. Mais naïvement je suis resté en pensant que.... (G-25.08.21)Voir plus


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