Elvis Australie, Etats-Unis 2021 – 159min.

Critique du film

L’homme qui murmure à l’oreille du King

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Baz Luhrmann s’attaque à l’histoire du King et son mentor, et rarement les indigestions cinématographiques n’ont été aussi délicieuses!

Présenté Hors Compétition à Cannes, le biopic du célèbre Baz Luhrmann consacré à Elvis Presley se révèle enfin. Une plongée machiavélique au cœur de cette relation qui le liait corps et âme à son manager de 1955 à sa mort, en 1977.

Robert Johnson lui a troqué son âme contre du talent, ici le diable aura pris l’apparence de Tom Hanks, méconnaissable sous l’embonpoint du bonimenteur qu’il incarne : le colonel Tom Parker. Ancien du monde forain, le businessman s’est aiguisé les crocs en promouvant la country du « Hank Show » sur les routes des États-Unis. Et puis, viendra ce jour où il découvre, ébahi, « That’s all right (mama) » à la radio.

La vie de Parker en sera bouleversée, et bientôt l’homme et l’artiste se retrouvent dans les hauteurs silencieuses d’une grande roue, isolée de la foule. Parker pose ses conditions : « Je te donnerai tout ce que tu veux à condition que tu fasses tout ce que je te demande de faire ». Et le King de celer le contrat d’une poigne de fer. C’est d’ailleurs le colonel qui nous raconte toute cette histoire, perçant le quatrième mur dès l’entame depuis sa tour d’hôpital à Las Vegas.

Ainsi, Baz Luhrmann, réalisateur acclamé de Moulin Rouge (2001) et Romeo+Juliette (1996), et grand maître des folies furieuses à l’écran, arc-boute son film à tout ce qui fait du cinéma un art majeur. Un art de la démence et de l’opulence. Il n'en fallait pas moins pour conter une nouvelle fois la fable du gamin de Tupelo, l’histoire d’un mythe façonné à la barbe du XXeme siècle. Et son influence, aussi.

Une tornade visuelle étourdissante ou les uchronies musicales se mêlent à sa genèse dans le Mississippi, coiffé d’un éclair Captain Marvel, en passant par ses pérégrinations à Beale Street aux côtés de B.B King, les déboires de son mariage, les campagnes de diffamation et jusqu'à l’interminable résidence à Vegas. Trois icônes, Luhrmann, Hanks et Presley, se rencontrent et révèlent le petit prince Butler qui aura bien mérité l’œuvre du cinéaste pour briller, enfin.

Pantin génial de la manufacture du wonder boy australien, l’acteur prête son aura et sa voix à un incroyable Elvis de plastique. Une performance magnétique, certes, mais tellement enrobée de l’excentricité Luhrmann qu'elle en perd peut-être de son authenticité, de son intimité.

«Elvis» est cette pluie diluvienne de strass, de plans sous stéroïdes et d’idées de montage époustouflantes. Bien loin du biopic paisible au coin du feu, qui ne tiendrait que par la simple prestance de son interprète, la maestria du réalisateur nous rend la fièvre d’Elvis et l’emprise du colonel Parker. Car dans les alcôves du gigantisme se terre aussi, et surtout, l’envie de dépeindre une Amérique déchirée par le racisme, le sexisme, la tartuferie…

Il est certainement l’un des derniers monstres du cinéma à penser ses films comme les «armes de divertissement massif», dont parlait Vincent Lindon en ouverture du Festival de Cannes. L’Australien n’est pas un cinéaste du streaming et la démesure de ses films nous le rappelle chaque fois. Le mont Elvis était imprenable et pourtant. Aussi baroque soit la forme, il nous manquera d’avoir été complètement envoutés, mais dans la course du «hound dog», fallait-il seulement percevoir une allégorie du siècle à venir.

15.06.2022

4

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Commentaires

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vincenzobino

il y a 1 jour

3.5: Parker ne perd jamais
1957: le colonel Parker découvre un jeune chanteur prénommé Elvis et va en faire son poulain et son jouet: lui offrir gloire et fortune mais à un prix élevé sous sa forme juridique et législative. Mais la légende sera ancrée et les fans en furie présentes.
Le voici donc ce retour de Luhrmann qui après Gatsby s’attaque à une sacrée légende musicale. On pouvait s’attendre à une virtuosité digne de son Romeo et Juliette. Presque ça.
Les notes de Richard Strauss en ouverture appellent à parler d’un nouveau Dieu, tout d’abord impresario. Son visage change par la première performance musicale du futur King et une rencontre qui va changer deux destins.
La durée annoncée de deux heures 30, si comme moi, vous ne connaissiez Elvis que par la musique et les scandales l’entourant, pouvait constituer un bémol. Il s’avère vérifié par un étrange montage niveau chronologie avec certains retours dans le futur ou le passé pouvant interroger. Il s’avérera finalement logique de par l’issue du destin de notre duo.
Ne jamais perdre est l’adage favori de Parker et le film parle presque plus de son management que de la carrière d’Elvis. Du moins sur sa première moitié. La musique reprendra ses droits sur la seconde moitié et notamment une surréaliste séquence musicale où parfois se produire en n’étant pas dans son état normal peut marquer des esprits et forger une légende.
Austin Butler est parfait dans sa gestuelle et les tiques du King sont très bien représentés. Mais c’est bien Tom Hanks qui une nouvelle fois impressionne, parvenant à nous faire ressentir le même sentiment envers Parker.
Ajoutez-y une formidable partition musicale et une marquante séquence politique qui en ces temps de conflit ukrainien interpelle et vous obtiendrez un cocktail qui se laisse tout à fait voir.Voir plus


Evacinema

il y a 2 jours

Un coup de poing ! Baz Luhrmann se propose de nous faire vivre, en 2022, le choc tectonique qu’a pu provoquer Elvis dans l’Amérique conservatrice des années 50…un garçon qui explose de sensualité et d’inspiration libre, imbibé de culture gospel, de transe,le corps comme possédé d’une vibration venue d’ailleurs … cet « ailleurs » musical qu’il a absorbé de tout son être. Il arrive sur scène avec tout cela, se met à l’épreuve du racisme et de la bienséance ambiante. Les femmes hurlent, veulent le « manger cru », selon le commentaire de son futur agent, le Colonel Parker. Ce « choc », que nous ne pourrions plus vivre aujourd’hui, Luhrmann nous permet de le
ressentir à coup d’effets sonores et visuels et grâce à une mise en scène démentielle et jouissive. Les deux scènes d’ouverture nous mettent K.O. : la transe du gospel, puis la 1ere apparition sur scène. Détail d’importance: des les 1eres minutes, le bassiste du groupe lance à Elvis, « bouge, les filles aiment quand tu bouges ». Un destin vient d’être tracé…Voir plus


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