Terrible Jungle France 2020

Critique du film

L’anthropologie autrement

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

L’étude de terrain n’est plus ce qu’elle était. C’est l’étrange constat que va faire Eliott, anthropologue candide et fils d’une célèbre ethnologue castratrice aux pratiques douteuses. Une virée sauvage et loufoque dans le fin fond de la jungle pour un premier long métrage signé Hugo Benamozig et David Caviglioli.

Eliott de Bellabre (Vincent Devienne) rêve d’étudier les tribus indigènes. Lorsqu’il reçoit une bourse pour aller observer les Otopis, peuple amazonien évoluant dans la jungle guyanaise, le jeune anthropologue boucle son sac à dos et s’envole loin de la France métropolitaine, mais surtout loin de Chantal, sa mère possessive doublée d’une scientifique à la conduite plus que discutable (Catherine Deneuve). Mais voilà, en arrivant sur place, Eliott déchante. Les Otopis ne vivent pas de chasse et d’eau de source. Ils mangent des chips et picolent à journée faite. Inquiète, Chantal, n’ayant plus de nouvelles de son fils depuis plusieurs semaines, fait appel à Raspaillès (Jonathan Cohen), agent de la gendarmerie nationale et parfait incapable.

Dans Terrible Jungle, les Otopis ne pratiquent pas l’art ancestral de la peinture faciale, pas plus qu’ils n’arborent les tenues tribales ou ne pratiquent la cueillette. Non, les soi-disant indigènes, dont certains ont l’accent québécois, ont des portables, se shootent en regardant des télénovelas et cherchent de l’or pour le compte d’un ex-gendarme corrompu. Un tableau bien différent de celui imaginé par l’idéaliste Eliott interprété par Vincent Dedienne, venu étudier cette population nichée au fin fond de le Guyane française. Désillusionné, ce dernier n’en perd pas moins le nord: grâce à quelques aménagements, il transforme les quartiers des bouffeurs de Doritos en boot camp pour orpailleurs, tout en s’amourachant d’Albertine, cheffe du clan otopi jouée par Alice Belaïdi.

Pendant ce temps, la mère d’Eliott, incarnée par une Catherine Deneuve impériale, se ronge les sangs. Autoritaire et décidée à retrouver son fils, la femme met sous son joug Raspaillès, interprété par un Jonathan Cohen hilarant, un capitaine aussi incompétent que stupide, entouré d’un boys band de gendarmes en shorts moulants, eux aussi d’une inutilité sidérante. D’un côté le duo Dedienne/Belaïdi, de l’autre le binôme Deneuve/Cohen. Si les premiers s’en sortent sans faire d’étincelles, les seconds forment une équipe très efficace. Entre la vielle anthropologue aigrie à qui on ne la fait pas et le flic bête comme ses pieds, écrivain raté à ses heures, les situations cocasses ont vite fait de devenir légion.

Bien qu’inégale dans son rythme, des bons moments de rires contrastant avec des moments plats, cette comédie mélange des teintes loufoques et burlesques avec une certaine intelligence. Inspirée d’un récit réel conté par un ami anthropologue des deux réalisateurs et scénaristes, l’histoire, sous ses airs bidonnants et légers, sème ici et là une morale bien plus sombre: la dégradation, voire l’extinction des civilisations indigènes au bénéfice du capitalisme et de la mondialisation. Dans le papier cadeau aux couleurs absurdes se cache un présent bourré de lucidité.

29.07.2020

4

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Commentaires

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Eric2017

il y a 1 jour

Un humour totalement décalé. En fait c'est un film assez absurde mais très divertissant. Deneuve est parfaite en jouant la mère d'Elliot. Quant à Vincent Dedienne et Jonathan Cohen ils sont parfaits dans leurs rôles de personnages "décalés". (F-02.08.20)


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