Wonder Woman 1984 Etats-Unis 2019 – 151min.

Critique du film

Monts sans merveille

Lino Cassinat
Critique du film: Lino Cassinat

Il devait être le fer de lance de l’été, puis de Noël 2020 pour Warner et son DCEU, Wonder Woman 1984, la suite tant attendue du carton plein Wonder Woman, est finalement devenu le cheval de Troie du studio et de sa plate-forme de streaming HBO Max. Si les résultats industriels vont sûrement porter leurs fruits grâce à l’aura de la super-héroïne, on est cependant très inquiets du futur artistique du DCEU, tant cette nouveauté déçoit.

Plus de 70 ans après avoir plus ou moins gagné la Première Guerre mondiale seule et à mains nues (et probablement une grosse pause dèj pendant la Deuxième), Diana Prince travaille désormais au Smithonian Institution, où une nouvelle antiquité révèle ses pouvoirs magiques: celui d’exaucer les souhaits de celui qui là touche... en échange d’une contrepartie. Malgré sa dangerosité intrinsèque, cette patte de singe infinie corrompt les cœurs et attire des esprits convoiteux qui pourraient bien répandre le chaos sur le monde...

N’y allons pas par quatre chemins, de son introduction à sa fin, Wonder Woman 1984 n’a pas grand-chose à défendre. Au contraire: si le film ne souffre d’aucun défaut qui le rendrait proprement irregardable, il est en revanche perclus de problèmes disparates mais dont l’accumulation rend le visionnage du film franchement laborieux, à commencer par ses effets spéciaux et ses séquences d’action. En 2021, avec plus de 200 millions de dollars de budget et une armée d’ordinateurs, il est complètement inexcusable d’avoir un résultat aussi mou et peu inspiré, sans parler d’une 3D souvent à la limite du potable et parfois carrément hideuse (ce qui est d’autant plus dommageable que la plus grosse victime de cette foire numérique est l’antagoniste Cheetah).

Dès la séquence d’introduction le ton est donné: la plastique de Wonder Woman 1984 laisse à désirer et le rendu des nombreuses images de synthèse est justement très... plastique. À ces rendus en toc s’ajoutent également un découpage fade comme un jour sans pain et qui pousse à vérifier à chaque séquence qu’il s’agit bien de la même Patty Jenkins du premier film ou de Monster qui a bien réalisé cette deuxième itération désertée par le sens du spectacle et la sensation d’adrénaline.

À cela s’ajoute un second problème global de taille: l’histoire, que l’on pourrait résumer à un beau potentiel terriblement gâché. Wonder Woman 1984 fait le choix d’un ton extrêmement récréatif (ce qui déjà pose un gros problème de cohérence artistique et visuel au sein non seulement du DCEU et tranche brutalement avec le premier Wonder Woman), mais lutte pourtant étonnamment à divertir. Malgré un artefact magique central au grand potentiel ludique et une introduction enlevée et plutôt excitante, Wonder Woman 1984 est dangereusement ennuyeux. La faute en revient principalement à une galerie de personnages sans caractères et profondément ennuyeux, à commencer par l’héroïne éponyme elle-même, incarnée qui plus est par une Gal Gadot juste passable.

Impossible pour le spectateur de s’investir dans des personnages aussi creux et aux interactions aussi quelconques, et malheureusement, il faut encore rajouter à ce bilan peu reluisant les péripéties enfantines du film, proche du babillage incohérent d’un enfant en bas-âge incapable de se tenir aux règles de son propre univers ou de tenir le cap de son récit interminable. Et c’est probablement le cœur du problème: Wonder Woman 1984 est cruellement beaucoup trop mal rythmé pour un film aussi long. 2h30 de temps réel, environ 107 ans de temps ressenti: Wonder Woman 1984 patine si fort qu’il creuse le trou de sa propre tombe.

Trop de kitsch tue le kitsch, et Wonder Woman 1984 est exactement le film caricatural que tout le monde craignait lorsque le premier film est sorti en 2017: infantilisant, incohérent, voire bébête, beaucoup trop long et porté par des personnages plats. Pas le pire film de superhéros de l’histoire, pas un désastre catastrophique, mais une certaine idée de la médiocrité hollywoodienne.

17.02.2021

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