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Le roi nu - La révolution en 18 fragments Suisse 2019 – 90min.

Le roi nu - La révolution en 18 fragments

Critique du film

Quand la révolution mange ses propres enfants

Rolf Breiner
Critique du film: Rolf Breiner

1979, révolution en Iran, 1980, manifestations en Pologne, les structures du pouvoir se renversent, le Shah est expulsé, et le système étatique polonais s’écroule. Andreas Hoessli suit les traces des rebelles et des détenteurs du pouvoir, des coupables et des victimes. Une fresque d’il y a 40 ans contée par Bruno Ganz dans son dernier rôle.

Autrefois correspondant pour l'Europe centrale et de l'Est pour divers journaux et magazines suisses et allemands, le zurichois Andreas Hoessli fit la rencontre du légendaire journaliste Ryszard Kapuściński. Auteur polonais de renom internationale, son livre «Le Shah» traite des mécanismes du pouvoir et du fondamentalisme. Le polonais s’était lui-même rendu à Téhéran en 1979 pour rendre compte de la révolution. «Le Shah» est ici l’une des inspirations principales au film de Hoessli. Bruno Ganz nous en lit d’ailleurs quelques passages.

1979, 1980, d’un côté le Shah abdique, alors que le régime polonais s’incline devant les grévistes et le syndicat indépendant «Solidarność». Après 18 mois mouvementés, la révolte est écrasée par l'état de guerre. Andreas Hoessli, qui profitait à l’époque d’une bourse de recherche à Varsovie, fut un témoin et un allier de la rébellion en Pologne au point d’être aussi sous surveillance. Ici, le journaliste associe ces deux événements pour réfléchir autour de la nature de la révolution. Bien intentionné, mais pas si efficace!

Hoessli s’est plongé dans les archives, s’est rendu sur les lieux et interviewe certains des protagonistes historiques. Parmi eux, le chauffeur de Khomeini (devenu ministre des Gardiens de la révolution), un acteur travaillant au service de l’intelligence polonaise, un chercheur en sciences politiques qui prendra la tête des services secrets en 1992, ou un autre intellectuel connu pour avoir retiré et caché la totalité des fonds de «Solidarność», et même l’une des porte-paroles des groupes d'étudiants qui s'emparèrent de l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran, plus tard nommée vice-présidente de l'Iran.

Le cinéaste et contemporain de la révolution Andreas Hoessli a tenté une intrusion dans les mécanismes du pouvoir, de rébellion et les mouvements qui s’y opposent. Une ambition délivrée avec minutie; mais le Le roi nu ne se révèle que peu satisfaisant. Un dirigeant (en Iran) limogé, d’autres le remplacent, en Pologne le régime est secoué puis rétabli par la force militaire. Le métrage effleure les implications sans jamais ne rien en expliquer réellement. D’ailleurs, l’exposé évince la figure de Lech Walęsa, président-fondateur du mouvement «Solidarność» cofondé avec Anna Walentynowicz. En tomber de rideau une conclusion amère et évidente, la révolution mange ses propres enfants. La chose s’était produite déjà en France, il fallait s’y attendre pour la Pologne et l’Iran.

17.09.2019

3.5

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