Don't Worry, He Won't Get Far on Foot Etats-Unis 2018 – 113min.

Don't Worry, He Won't Get Far on Foot

Critique du film

Don't Worry, He Won't Get Far on Foot

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Joaquin Phoenix tétraplégique dans la peau du cartooniste John Collohan!

Chemise à fleurs, flâneur, noctambule, rôdeur et buveur, John (Joaquin Phoenix), 21 ans, traîne dans les années 70 comme une réincarnation californienne de Jack Kerouac. Un peu miteux mais charmant et libertaire, il a de l’allure seulement voilà, les excès de tequila au petit matin lui frisent la cervelle. Puis il y aura cette nuit, une énième déviance tragique lorsque son acolyte Dexter (Jack Black) s’endormira au volant en rentrant de L.A. Au réveil plus rien ne bouge sinon la tête, et les mains, à peine, tremblantes. Pour John la vie reprendra en fauteuil. Aidé par sa compagne Annu (Rooney Mara) et les thérapies pour alcooliques anonymes de l’excentrique et hippie Donnie (Jonah Hill), il se découvrira un don pour le dessin satirique et deviendra le célèbre John Collohan!

Faut-il qu’il les aime ces outsiders tortueux et boiteux pour les raconter avec autant de calme et de volupté: “Elephant” (2003), Kurt Cobain dans “Last Days”, (2005), Sean Pean en Harvey Milk (2008) ou bien avant encore “Good Will Hunting” (1998) avec Matt Damon et Robin Williams. Tiens! En parlant de Robin Williams, c’est par lui que tout avait commencé. L’acteur américain et Van Sant s’étaient penchés sur la vie du cartooniste. En 1989, Williams achète les droits pour adapter les mémoires de Collohan, mais les brouillons inachevés s'accumulent, les années passent, Williams et Collohan lèveront l’ancre et Van Sant terminera seul.

Le résultat est un cocon de tendresse, mainstream mais sobre et délicat. La narration épurée se permet quelques twists temporels et nous ballade dans les vies du cartooniste, l’avant, le pendant et l’après. Le rideau s’ouvre: thérapie chez les anonymes puis générique en dessin avant la plage et la chemise au vent d’un John aviné mais quasi galopant. Trois plans, trois époques. Le ton est donné.

Rooney Mara, Jonah Hill, Joaquin Phoenix, que dire sinon que les trois acteurs sont enchanteurs de réserve et de pudeur; à l’image de cette scène où Annu accompagne John au réveil après l’accident: Lui immobile, le corps moulé dans une cage de fer, elle au chevet. Les regards conversent, tout en murmures, autour d’un bouquet de roses, dès lors elle lui rendra visite chaque semaine. Le réalisateur travaille des émotions bien connues du cinéma, mais il y a quelque chose d’un aquarelliste, une douceur.

Orchestrée par les partitions de Danny Elfman (Batman, L'étrange Noël de Monsieur Jack…) la résurrection de John Collohan est touchante, un peu mélo, assez conventionnelle, mais drôle et légère. "Don't Worry, He Won't Get Far on Foot" sera aussi l’occasion de (re)découvrir l’humour merveilleux d’un bédéiste cinglant. Une enluminure de l’homme avant l’artiste, sa reconstruction, sa mécanique interne, sa mère, le charbon noir de nuits indomptables, l'alcool, le pardon et enfin, la rédemption.

(21. Februar / Berlinale 2018)

04.04.2018

3

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