Critique12. September 2023

Critique de «Until Branches Bend», une fable onirique à fond la pêche

Critique de «Until Branches Bend», une fable onirique à fond la pêche
© Outside the Box

La cinéaste canado-suisse Sophie Jarvis nous embarque à l’orée du fantastique avec «Until Branches Bend», un premier film enchanteur et contemplatif alors que d’étranges bestioles se terrent dans les fruits.

Dans une bourgade du Canada, Robin (Grace Glowicki), célibataire et enceinte, vit avec sa sœur (Alexandra Roberts) et travaille comme ouvrière dans une conserverie de pêches. Un beau jour, elle découvre un coléoptère dans un fruit. Découverte alarmante, elle tentera d’alerter son responsable (Lochlyn Munro), puis sa communauté, or personne ne la prend au sérieux, pire, la jeune femme est réprouvée. Robin mène l’enquête, et ce, en parallèle à ses multiples rendez-vous pour se faire avorter.

Récipiendaire du Prix de Soleure en janvier dernier - récompense la plus prestigieuse du cinéma suisse - et sélectionnée parmi le Panorama Suisse au dernier Festival de Locarno, la réalisation de Sophie Jarvis débarque enfin sur les écrans helvétiques. Réalisatrice établie à Vancouver, elle nous emporte à Montague, dans la vallée de l'Okanagan en Colombie-Britannique, dans un décor côtier semblable à la Bodega Bay des «Oiseaux» d’Alfred Hitchcock. Une référence dans laquelle s’enclave élégamment «Until Branches Bend» et le parcours pour le moins onirique de Robin, incarnée par une Grace Glowicki hypnotique. En pleine canicule, bercées par les compositions musicales de Kieran Jarvis (frère de la réalisatrice), les pêches remplacent les corneilles et la menace de cet insecte prétendument invasif devient une angoisse visuelle et psychique au seuil du surnaturel.

Critique de «Until Branches Bend», une fable onirique à fond la pêche
Alexandra Roberts et Grace Glowicki © Outside the Box

Issue d’une famille qui a tout perdu suite aux ravages causés par des papillons de nuit, ce coléoptère est pris très au sérieux par Robin. Sophie Jarvis arc-boute le parcours de sa protagoniste au cœur de cette collectivité patriarcale incarnée par un imbuvable Lochlyn Munro (croisé notamment dans les séries «Charmed» et «Riverdale»). Alors qu’elle s’en remet à la science, l’aphasie ambiante et la diabolisation de ses propos trouveront une résonance contemporaine amère. Faudra-t-il y voir une critique du déni du réchauffement climatique, de la gérontocratie et de la cupidité de certaines corporations agricoles ? Sans doute, le concept d’«Until Branches Bend» est aussi profond que le gouffre des énigmes irrésolues.

Empli de sororité, un peu road movie, fable écologique et déambulation psychologique ; «Until Branches Bend» grouille d’une énergie organique et d’un message ô combien nécessaire. Seules son eurythmie contemplative et ses envolées ésotériques mériteront une bonne nuit de sommeil pour être vécues de plein fouet. Et pourtant, le scénario écrit par Sophie Jarvis, Kathleen Hepburn et Elle-Máijá Tailfeathers est certainement l’une des allégories les plus originales que l’on ait vu cette année. Un film éminemment conceptuel et la promesse d’une cinéaste captivante.

3,5/5 ★

Au cinéma le 13 septembre.

Plus d'informations sur «Until Branches Bend».

Bande-annonce de «Until Branches Bend»

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