Critique11. Dezember 2023

Critique de «Soudain seuls», quand les cœurs chavirent

Critique de «Soudain seuls», quand les cœurs chavirent
© Frenetic Films AG

Qu’est-ce que l’amour sans naufrages ? Adapté d’un roman d’Isabelle Autissier, le réalisateur Thomas Bidegain expérimente les limites de la relation de couple. Un thriller au scénario minimaliste qui parvient, contre toute attente, à en faire sa force.

(Une critique de Fanny Agostino)

Laura (Mélanie Thierry) et Benjamin (Gilles Lelouche) voguent à bord de leur voilier. Le couple fusionnel est parti pour un tour du monde et s’apprête à rejoindre le continent américain. Peu avant de rejoindre la terre ferme, il décide d’explorer une réserve naturelle abandonnée, malgré des prévisions météorologiques peu clémentes. Grossière erreur. Piégés dans une tempête, les naufragés se réfugient sur l’île pour la nuit. Le lendemain, plus aucune trace ne subsiste de leur embarcation. Le paisible horizon est signe d’incertitude.

Robinson Crusoé ne saurait pâlir de cette mise en scène contemporaine de l’incident d’infortune. Bidegain joue la carte du thriller. Les deux voyageurs sont amenés à puiser dans leur ressource pour survivre. Le récit alterne entre phases réjouissantes – découverte d’une source et paysages époustouflants – aux instants précaires de désespoir et d’abandon. Une situation en dents de scie, qui trouve sa résonance dans la relation entre Laura et Ben. Le couple qui semblait soudé révèle ses failles. L’épreuve traversée se métamorphose en une mise en perspective de leur relation. Et c’est cette dimension qui donne au récit tout son intérêt.

Critique de «Soudain seuls», quand les cœurs chavirent
«Soudain seuls», au cinéma le 13 décembre © Frenetic Films AG

Alors qu’il devait être initialement interprété par un tout autre casting (Jake Gyllenhaal et Vanessa Kirby), le duo français Thierry / Lelouche est persuasif dans l’incarnation de ce couple mêlant passion et naïveté. Alors que le film aurait pu rapidement tourner en rond, les deux acteurs sont percutants. Chaque épreuve est révélatrice d’une amertume, de remords ou d’une capacité insoupçonnée de se transcender pour l’autre. Les cœurs cognent et s’adoucissent, alors que le temps s’allonge. Seule la montagne rocailleuse séparant l’île en deux apparaît comme une issue de secours.

Au terme de la séance, il paraît évident que Bidegain s’est bien gardé de tout miser sur le dénouement d’un huis clos amoureux sous le ciel gris de l’antarctique. Les soubassements et les retentissements de l’intime se révèlent comme la véritable expérience filmique.

4/5 ★

Le 13 décembre au cinéma.

Plus d'informations sur «Soudain seuls»

Bande-annonce de «Soudain seuls»

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