Critique10. August 2022

75e Locarno Film Festival : «Last Dance» - Lâchez-moi les basques et laissez-moi danser

75e Locarno Film Festival : «Last Dance» - Lâchez-moi les basques et laissez-moi danser
© Outside the Box

15 ans après y avoir présenté son premier film, la Suisse Delphine Lehericey est de retour à Locarno, sur la Piazza Grande cette fois-ci, avec l’histoire de Germain, un veuf qui aura une façon bien à lui de garder vivant le lien avec son épouse décédée.

(Une critique de Laurine Chiarini)

«C’est comme dans le film Ratatouille : tout le monde peut cuisiner», explique Delphine Lehericey dans un parallèle fait entre cuisine et danse contemporaine. Tour à tour intello ou très drôle, cette discipline, accessible à tous et toutes, peut également se nourrir des particularités de chacun, concept cher à la réalisatrice et au personnage de la chorégraphe espagnole La Ribot, qui joue ici son propre rôle. Le mouvement, dont l’enregistrement constitue l’acte fondateur du cinéma, est également à la base du film.

C’est par la grâce d’une promesse poétique et mutuelle de finir ce que l’autre avait commencé que Germain (François Berléand) se retrouve à remplacer sa femme au pied levé dans une troupe de danse contemporaine pour la préparation d’un spectacle. Au moment de leur rencontre, les jeunes amoureux communiquaient par mots doux glissés entre deux pages d’un livre – les mêmes que leurs âges respectifs à l’époque : l’art sublime les souvenirs, embellit la communication et la fait perdurer au-delà de la mort.

Last Dance © Outside the Box

Autre présence helvétique au générique, l’acteur Kacey Mottet Klein, qui a bien grandi depuis «Home» d’Ursula Meier en 2008, et incarne un membre de la troupe, coach et confident de Germain. Notons aussi la présence de Déborah Lukumuena, vue récemment face à Gérard Depardieu dans «Robuste». Si l’histoire est celle d’un deuil, la forme du récit prend en revanche celle d’une comédie qui sait justement doser la distance avec ses protagonistes.

D’un sujet lourd, la réalisatrice parvient à faire un film drôle et léger qui ne manque pas de tact. Si les enfants de Germain l’exaspèrent, c’est bien parce qu’ils le traitent lui-même comme un enfant : la troupe, lieu neutre ou tout le monde est accepté et le jugement est amoindri, lui offrira une seconde famille. Bien écrit, évitant élégamment les excès dramatiques, «Last Dance», accessible de 7 à 77 ans, nous tend un tendre miroir dans lequel chacun trouvera un petit morceau de sa réflexion.

4/5 ★

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