Kritik21. Februar 2023

Berlinale 2023 : «Manodrome» - Le récit hypertoxique d’une secte masculine

Berlinale 2023 : «Manodrome» - Le récit hypertoxique d’une secte masculine
© Wyatt Garfield

Présenté en Compétition à la 73e Berlinale, le cinéaste sud-africain John Trengove fait se rencontrer Jesse Eisenberg et Adrien Brody dans un récit hypertoxique et malsain.

À l’approche de Noël aux États-Unis, l’hiver est bien morose. Ralphie (Jesse Eisenberg) est conducteur de Uber et peine à joindre les deux bouts. Et alors que sa compagne Sal (Odessa Young) se retrouve enceinte, l’étau financier et psychologique se ressert un peu plus. À sa salle de fitness, un ami (Philip Ettinger) lui propose de rencontrer des personnes haut placées qui, dit-il, «aident les gens comme lui». Bientôt, Ralphie se retrouve embrigadé dans cette étrange congrégation masculine avec à sa tête celui qu’ils appellent Dad Dan (Adrien Brody). Le voilà maintenant un «fils», et l'horreur ne fait que commencer.

Peut-être n’y avait-il pas d’autre moyen de parler de la toxicité masculine que d'en livrer l’expérience la plus abrupte, la plus froide, la plus perverse et la plus radicale. L’enfer du jeune Ralphie se pose quelque part entre «Taxi Driver» et «Fight Club», et une chose est certaine, «Manodrome» n’aura laissé personne indifférent. Dès l’ouverture, où Jesse Eisenberg observe dans le rétroviseur une jeune femme qui allaite à l’arrière de son taxi, le contrat avec le public est clair : le voyeurisme sera le vecteur choisi pour parler des émotions refoulées.

73e Berlinale : «Manodrome» - Le récit hypertoxique d’une secte masculine
Adrien Brody, Evan Jonigkeit, Philip Ettinger et Caleb Eberhardt © Wyatt Garfield

Ainsi s’entame la suite d’un spectacle horripilant où l’exploration de la radicalité rencontre une violence psychologique et physique affranchie. Une performance contenue et obscène pour Jesse Eisenberg («The Social Network»), au diapason de la cinématographie glaciale de Wyatt Garfield. Dans cette salle de fitness vautrée dans le hard-metal et la sueur, dans ce Uber où tout le monde est un peu otage, ou dans le grenier de ce manoir coupé du monde, les vices de la masculinité vous donneront des sueurs froides et les initiés du Manodrome aussi. Alors, n’appartient-il pas à l’art de découper un morceau du réel et de le placer dans une boîte de Petri? À ce jeu délicat, peut-être que John Trengove n’a pas pris ses ciseaux les plus fins, mais le message, lui, est bel et bien passé.

3,5/5 ★

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