Le Ciel rouge Allemagne 2023 – 104min.

Critique du film

Roter Himmel

Cornelis Hähnel
Critique du film: Cornelis Hähnel

Avec une sixième sélection en compétition, Christian Petzold semble presque posséder un abonnement au Festival international du film de Berlin. Et pour cette 73e édition, il repart lauréat du grand prix du jury, une récompense bien méritée pour son plus beau film depuis des années.

Pendant l’été, deux amis, Leon (Thomas Schubert) et Felix (Langston Uibel), se rendent dans une maison de vacances sur les bords de la mer Baltique. Le premier voudrait en profiter pour travailler sur son roman, le deuxième sur son dossier d’entrée à l’université des Beaux-Arts. Mais Nadja (Paula Beer) et Devid (Enno Trebs) ont également pris leurs quartiers dans la maison. Les quatre jeunes gens vont devoir s’organiser et vivre ensemble.

«Le Ciel rouge» est en quelque sorte le pendant du dernier film de Christian Petzold, «Ondine», mais ici, le feu remplace l'eau comme élément du destin. Le long métrage s’ouvre sur une panne de voiture en forêt. Là où, dans les productions américaines, l'horreur aurait tendance à commencer, on s'attarde ici dans une comédie estivale et aérienne. Du moins pendant un certain temps.

Le cinéaste allemand a visiblement bien étudié le style d'Eric Rohmer et fait résonner une merveilleuse mélancolie au cœur d’une insouciance emplie de légèreté. Le film est porté par une formidable distribution. On observe avec plaisir les personnages. Thomas Schubert, en particulier, est grandiose dans son rôle de Léon, l'auteur dévoré par le doute. Et lorsque, vers la fin, la tragédie éclate avec force, le public se rend compte alors à quel point elle bouillonnait subtilement sous la surface depuis les premières secondes.

20.02.2024

4.5

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 4 mois

“L’amour et la forêt”

Deux amis, Leon et Felix, tombent en panne sur le chemin des vacances au bord de la Baltique. Obligés de laisser leur voiture en route, ils atteignent enfin la maison de famille qu’ils ont réservée. Mais une certaine Nadja occupe déjà les lieux.

Alors qu’il espérait le calme pour terminer son second roman, Leon se contrarie. Les ébats amoureux bruyants de la belle impromptue avec le sauveteur du coin l’empêchent de dormir, l’indiscipline affichée de Felix qui se permet d’aller nager au lieu d’affiner son dossier de candidature l’agace, alors que son manque d’inspiration parachève son mécontentement. De plus en plus isolé, l’écrivain s’enferme dans un égotisme aveuglant. Combien de bruits sourds entend-il sans jamais ne rien voir ? Seuls les drames lui ouvriront les yeux.

Qu’il est désagréable ce Leon, imprégnant le début du film de l’antipathie que l’on est en droit de ressentir à son égard. Habillé de noir sur la plage au milieu des baigneurs nus, le père dodu a tout d’une baleine marquée par l’échec. Le goût des autres, il n’en a cure. Sa frustration, sa condescendance et son mal-être intérieur l’empêchent d’évoluer, alors que ses compagnons se dévoilent bien plus riches que ses préjugés. Dans sa robe rouge, Nadja enflamme les corps et les esprits. Serait-ce la muse tant espérée, un fantasme ou un fantôme prompt à disparaître ?

Dans Ondine, Christian Petzold faisait de l’eau une thématique artistique, mystérieuse et dangereuse. C’est l’élément feu qui l’inspire aujourd’hui, celui qui dévore les cœurs et les forêts en proie à la sécheresse climatique. Progressive, la tension augmente et le rythme s’accélère au fil des ricochets de l’histoire. Les couleurs de l’incendie emportent tout et avec elles ceux qui s’aiment.

(6.5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 4 mois


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