La Belle de Gaza France 2024 – 76min.

Critique du film

Lumières trans dans les nuits de Tel Aviv

Critique du film: Marine Guillain

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, ce nouveau documentaire de Yolande Zauberman conclut sa trilogie des nuits israéliennes.

Il y a d'abord eu «Would you have sex with an arab» (2011), au cours duquel Yolande Zauberman allait poser cette question («Coucheriez-vous avec un arabe?») à l'improviste aux Israéliens juifs (et la réciproque aux Israéliens arabes), prenant ainsi le pouls d'un conflit de plus en plus ancré. On se souvient ensuite de la claque qu’on avait prise en découvrant «M», qui avait rempli les salles au Festival de Locarno en 2018, suscitant des standing ovation avant d'être primé dans le monde entier. Immersion choc à Bnei Brak, ville juive la plus religieuse du monde, Yolande Zauberman y suivait Menahem, un trentenaire qui retournait chez lui pour confronter les membres de sa communauté qui l'avaient violé. Avec «La belle de Gaza» (réalisé avant le 7 octobre 2023), la cinéaste française de 69 ans s’intéresse à d’autres marginales, plongeant dans l’univers des femmes trans à Tel-Aviv.

Le point de départ de «La belle de Gaza» est justement né durant le tournage de «M», lors d’une rencontre fugace avec trois femmes dans la rue Hatnufa - qui deviendra le décor principal de ce nouveau documentaire. L’une d’elles avait raconté qu'elle avait quitté Gaza à pied pour vivre sa transition à Tel Aviv. Munie de sa caméra, Yolande Zauberman part sur ses traces pour tenter de la retrouver. Cette recherche va alors devenir prétexte à une galerie de portraits nocturnes. Il y a Talleen, actrice, mannequin et personnalité de télévision, devenue en 2016 la première Miss Trans Israël. Il y a Israela, qui a vécu une grande histoire d’amour avec un rabbin, celui-ci n’ayant jamais su qu’elle était une femme trans, jusqu’au jour où elle a voulu divorcer. Et puis il y a Nathalie, Danielle et Nadine… Les sujets évoqués avec elles? La religion, la transition, la famille, le rejet, le sexe, l’orgasme, l’amour, la prostitution, le viol…

Comme dans «M», la réalisatrice semble avoir tissé un véritable lien de confiance avec ces flamboyantes héroïnes de la nuit, qui parlent à cœur ouvert, autant de leurs joies que de leurs blessures, faisant preuve d’une résilience impressionnante. Guidée par une bande-son envoûtante, cessant de se demander comment des images si belles et si douces ont été capturées, on sent ainsi une vraie proximité s’établir avec ces Belles de nuit, qui jaillissent parfois fugacement, ou avec qui l’on partage un moment plus long. Solitude, fragilité, mais surtout force et émancipation rayonnent face à la caméra, ces figures incandescentes démontrant qu’au bout du chemin, quelle que soit la profondeur des ténèbres, la lumière existe…

31.05.2024

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