The Last Voyage of the Demeter Inde, Etats-Unis 2023 – 118min.

Critique du film

L’odyssée sanglante de Dracula

Critique du film: Damien Brodard

Le plus célèbre des vampires, imaginé par Bram Stocker en 1897, fait son retour au cinéma dans un huis clos maritime aux allures de conte gothique.

Une mystérieuse cargaison est confiée à l’équipage du Demeter, navire marchand entamant un périple des Carpathes à l’Angleterre. Désireux de rejoindre le pays, Clemens (Corey Hawkins) parvient à embarquer en sa qualité de médecin avec l’accord du Capitaine Eliot (Liam Cunningham), malgré les réticences de Wojchek (David Dastmalchian), le second. Commence alors un terrible voyage au cours duquel l’équipage est confronté chaque nuit à une créature monstrueuse et assoiffée de sang.

De F. W. Murnau à Francis Ford Coppola, Dracula a déjà eu droit à maintes itérations sur grand écran. Le parti pris d’évoquer uniquement la traversée du vampire jusqu’en Angleterre – un simple chapitre dans l’œuvre originale – s’avère donc frais et enthousiasmant. Il faut dire qu’esthétiquement, le film du réalisateur norvégien André Øvredal surnage le tout-venant horrifique : des décors du navire en passant par la photographie ténébreuse, tout est parfaitement mis en place pour garantir une ambiance glauque à souhait et offrir quelques plans particulièrement léchés et impressionnants. Un tel voyage ne se passe toutefois pas sans encombre, puisqu’en dépit de qualités indéniables, le long-métrage demeure très inégal dans sa globalité. Certes, le réalisateur sait composer de belles images, mais se montre peu inspiré la plupart du temps. Cela est d’autant plus dommageable que les effets purement horrifiques n’ont rien de surprenant et peinent à se détacher des standards du genre, tout en étant surlignés par la musique en permanence.

Cela n’empêche pas Øvredal de mettre en scène une poignée de séquences véritablement glaçantes et savamment construites, bien que trop rares. Dracula lui-même est une belle idée gâchée. Traité comme une bête et non comme un être humain – jusque dans son apparence originale vis-à-vis des autres adaptations – le vampire est sujet à bon nombre de facilités d’écriture inhérentes au genre et saborde un maquillage réussi par des images de synthèse flagrantes qui jurent avec la direction artistique, le rendant inévitablement moins effrayant. C’est tout de même l’occasion pour mentionner l’acteur espagnol Javier Botet, véritable star de l’ombre et interprète d’une grande partie des monstres du cinéma d’horreur contemporain, dissimulé ici sous les traits du comte.

Enfin, si le huis clos, qui n’est pas sans rappeler celui de Alien, le huitième passager (1979), demeure plaisant à suivre, l’écriture n’en reste pas moins basique et fastidieuse, sans compter que l’issue du périple est connue de tous. Le Dernier Voyage du Demeter donne l’impression de vouloir passer pour un conte gothique dans la lignée des œuvres de Guillermo del Toro, tout en se forçant à cocher un cahier des charges horrifique et sans parvenir à convaincre par sa narration. Visuellement stimulant, jamais désagréable, mais pétri de qualités mal exploitées, il s’agit d’un malencontreux rendez-vous manqué, néanmoins largement digne d’intérêt pour les amateurs d’hémoglobine par rapport aux propositions habituelles du genre.

16.08.2023

3

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