Levante Brésil, France, Uruguay 2023 – 99min.

Critique du film

Spectacle de l'avortement et avortement du spectacle

Critique du film: Kevin Pereira

Présenté en 2023 à la 62e semaine de la critique, Levante, premier film de la réalisatrice brésilienne Lillah Halla, est un long-métrage qui affiche des intentions en décalage constant avec sa facture : louable – pour ne pas dire précieux ou nécessaire –, le sujet de l’avortement, au centre du film, subit ici un traitement invraisemblable qui plombe toute forme d’ambition politique.

Victime d’une grossesse imprévue, Sofia (Ayomi Domenica), âgée de 17 ans, ne sait à qui s’adresser pour demander de l’aide. Sous l’effet du choc généré par cette nouvelle, ni son père aimant, ni sa fidèle équipe de Volley n’apparaissent à la jeune fille à la hauteur de telles confidences. Un après-midi, alors qu’elle navigue sur la toile à la recherche d’une clinique pour avorter de façon clandestine, Sofia tombe sur la page d’un centre allié avec lequel elle prend rendez-vous dans l’urgence. Au grand dam de l’adolescente, cette décision s’avère très vite préjudiciable.

À nous, spectateurs et spectatrices, l’ouverture du film a valeur de promesse : un groupe de trois adolescentes met en place une stratégie de travestissement pour aller dérober des produits dans un supermarché. Montée avec intelligence, en alternant les points de vue, la séquence annonce, sans pour autant basculer dans un didactisme exagéré, la complexité d’un réel double, tout à la fois cruel et léger. La cruauté : le vol. La légèreté : l’amusement. Le résultat : malgré la dureté du quotidien, des filles continuent de sourire, de s’amuser, restituant à la désinvolture sa part essentielle : elle est une réponse à l’âpreté du monde.

Or, ce bel équilibre, la réalisatrice décide de le briser : des deux composantes qui le constituent, seule une subsiste - le sérieux. Dès le nœud scénaristique posé – la grossesse de Sofia l’empêchera-t-elle d’obtenir sa bourse, synonyme d’entrée dans le monde du sport de très haut niveau ? –, le film sombre dans une logique de spectacularisation qui, en plus de le rendre prévisible et mécanique, contrevient au discours politique qu’il s’efforce pourtant de porter. Autrement dit, la réalisatrice, à défaut de représenter sérieusement la pression, éprouvée par la jeune femme, de grandir dans un pays liberticide, décide de la dissoudre dans une trame scénaristique complètement verrouillée, dont les nombreux retournements de situation prouvent l’harassante artificialité.

Au-delà de son scénario, le long-métrage de Lillah Halla pèche également par sa mise en scène. Non pas que le film soit laid ; à vrai dire, c’est même tout l’inverse : la réalisation baigne dans une esthétique cool, produit typique des festivals internationaux, pensée pour faciliter sa commercialisation. Musique électronique, éclairage stylisée, métaphores appuyées et caméra portée, vissée à la peau de sa protagoniste principale : autant d’ingrédients qui sont aujourd’hui vus et beaucoup trop revus. C’est à croire, au bout du compte, que l’avortement importe peu.

02.04.2024

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