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Le Corbusier à Chandigarh: la force de l'utopie Suisse 2023 – 84min.

Critique du film

70 ans plus tard, qu’en reste-t-il ?

Critique du film: Laurine Chiarini

Conçue pour 500'000 personnes lors de sa construction en 1952, la ville indienne de Chandigarh, chef-lieu des provinces du Punjab et de Haryana, compte aujourd’hui plus d’un million d’habitants. 70 ans plus tard, Thomas Karrer et Karin Bucher sont allés enquêter sur ce qu’il reste du projet de l’architecte Le Corbusier.

Produit d’une vision idéaliste, comment a-t-elle traversé les années et que reste-t-il de l’idée de l’architecte franco-suisse Le Corbusier ? Les auteurs donnent ici la parole à quatre figures locales, témoins de l’héritage artistique et architectural de la ville, gardiens de son histoire et mémoire collective. Entre un développement parfois forcé par les circonstances et une modernisation restreinte par la force de différents édits, retour sur l’évolution d’une ville qui aujourd’hui encore fait figure d’exemple d’urbanisme.

Lui-même architecte, l’un des protagonistes se souvient : dans son enfance, les parkings prévus en périphérie de la ville, vides, paraissaient beaucoup trop grands. Aujourd’hui, les automobilistes peinent à trouver des places. Suivant un plan urbanistique conçu comme un corps humain, le doublement de la population en plus de 70 ans aurait pu s’accompagner de développements sauvages rendant la ville méconnaissable. Or, hormis les deux villes satellites de Panchkula et Mohali, Chandigarh a gardé son visage d’antan.

C’est que Le Corbusier avait prévu une série d’édits listant spécifiquement ce qui pouvait être modifié, et, surtout, ce qui devait demeurer intact. Là se trouve le paradoxe d’une ville-exemple devenue galerie à ciel ouvert : de nombreux habitants ne connaissent pas l’existence d’un ensemble de bâtiments administratifs classés à l’UNESCO, interdits d’accès à la population depuis 1995 suite à un attentat. Ville où il fait bon vivre, Chandigarh a vu ses loyers s’envoler et, sans surprise, les plus pauvres être repoussés en périphérie, dans des logements tenant davantage du bidonville.

Les admirateurs de l’architecte resteront sur leur faim : sur ses idées, son parcours et son travail, zéro surprise à l’horizon. Le personnage s’efface derrière son œuvre, qui elle-même n’existe plus, façonnée par des décennies d’évolution. C’est un dilemme a priori insoluble qui est mis en avant : celui du fantôme d’une époque révolue, et du choc des civilisations d’une vision européenne en Asie du Sud. Il arrive que le sujet d’un film se suffise à lui-même : ici, la narration poussive, un peu trop prévisible, étouffe une figure qui aurait mérité d’être mise en avant avec plus de verve.

02.10.2023

2.5

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