Il reste encore demain Italie 2023 – 118min.

Critique du film

Fronde contre les violences faites aux femmes

Critique du film: Marine Guillain

Le film phénomène de Paola Cortellesi débarque en Suisse romande. En noir et blanc, il dépeint le quotidien à peine croyable d'une mère de famille dans la Rome machiste d'après-guerre.

Film le plus vu en Italie depuis la pandémie, avec quelque 5 millions de spectateurs.rices (c’est davantage que pour «Oppenheimer», de Christopher Nolan, et «Barbie», de Greta Gerwig), «Il reste encore demain» («C'è ancora domani» en vo) s'est mué en véritable phénomène depuis sa sortie, le 26 octobre dernier. Il faut dire que le long métrage de la grande actrice populaire, humoriste, présentatrice de TV et désormais réalisatrice Paola Cortellesi fustige le patriarcat et les violences conjugales avec force, à un moment où cette thématique semble tristement plus que jamais d'actualité. Peu après la sortie du long métrage, une jeune femme de 22 ans, Giulia Cecchettin, a été assasinée à coups de couteau par son ex-petit ami. Ce fait divers, 106e féminicide en 2023 en Italie, a rassemblé des milliers de personnes dans la rue et «Il reste encore demain» est venu renforcer la lutte.

À mi-chemin entre le drame et la comédie, le long métrage remonte le temps en noir et blanc et plonge dans les années 1940, juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, peu avant que les femmes n’obtiennent le droit de vote. Délia (Paola Cortellesi elle-même) vit dans un appartement miteux d’un quartier pauvre de Rome, avec ses trois enfants et son mari violent, Ivano, qui la cogne régulièrement. Cette mère de famille aussi pauvre que déterminée cumule les petits boulots, tentant de mettre un peu d’argent de côté pour un projet que son mari ne doit pas connaître. Outre la brutalité de ce dernier, celle de la société en général, plus insidieuse, et la domination masculine, se trouvent dans chaque recoin de son quotidien.

La photographie et les décors offrent une véritable plongée dans l’époque d’après-guerre. En y ajoutant les excellentes performances des comédiens et comédiennes, le film, sur certaines scènes, tend brillamment vers le documentaire. Ceci étant, la première chose qui marque dans «Il reste encore demain», c’est que Paola Cortellesi ose la comédie et la légèreté pour s'empoigner du sujet. Ainsi, une atroce scène de violence conjugale se transforme en danse chorégraphiée injectée de poésie sur une musique guillerette. Rendant la situation encore plus choquante et dramatique? Oui, probablement. À travers ses excès (notamment des scènes surjouées), le long métrage prend par moments de faux airs de télénovela, ce qui renforce à la fois le malaise et l’intérêt de voir ce sujet traité avec autant de légèreté, parfois semble-t-il même de détachement. Finalement, la capacité de Delia à oser penser à un avenir meilleur - et pas uniquement pour elle - sera le seul salut de cette histoire si pesante et déchirante qu’elle en devient difficile à supporter.

13.03.2024

3.5

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Commentaires

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TOSCANE

il y a 2 jours

Quelle belle surprise ! j'ai adoré ce film que j'ai découvert par hasard. Vive le cinéma italien.


geradupo

il y a 10 jours

Je comprends l’engouement en Italie: ce film est excellent. J’ai beaucoup aimé la modernité de la mise en scène de Paola Cortellesi: le choix de filmer en noir et blanc qui contrebalance la musique qui elle, est bien de notre époque ainsi que la scène de violence conjugale sous la forme d’une danse de salon. Le scénario nous tient en haleine jusqu’à la surprise finale!Voir plus


CineFiliK

il y a 10 jours

“Lasciatemi cantare”

Dans le vieux Rome de 1945, Delia trime sans relâche pour les besoins de sa famille. En guise de réponse à son bonjour matinal, c’est une gifle qu’elle reçoit de son mari.

Voilà le film qui secoua une Italie bouleversée par les féminicides. Plus forte que Barbie, l’intrépide Paola Cortellesi s’installe devant et derrière la caméra pour nous conter une révolte silencieuse. Dans un noir et blanc artificiel, elle reconstitue une époque néoréaliste révolue, contrebalancée par des chansons pop plus modernes signifiant que la violence dénoncée n’est en rien résolue. Sous l’égide d’un père sévère, Ivano, l’époux mal-aimant, ne voit en sa femme qu’une boniche maladroite et bavarde qu’il convient de dresser à coups de poing. Ainsi, une séance punitive se transforme en pas de deux chorégraphié effaçant au fur et à mesure les marques laissées. De quoi susciter le malaise, si le dispositif fantaisiste ainsi mis en place est mal accepté, de même que les élans humoristiques semés pour détendre l’oppression atmosphérique. L’intrigue quelque peu mécanique pose un à un les jalons d’une émancipation, course d’obstacles face au mur du patriarcat. Quelques lires économisées, un GI rencontré, un amour passé, un mariage avorté, un décès caché et ce petit bout de papier qui pourrait tout changer. Curieusement, cette construction d’un récit commode aux multiples tiroirs fait penser au Fabuleux destin d’Amélie Poulain, les gnons en plus, les couleurs en moins. Pas étonnant que l’engagement recueille les suffrages du grand public, qu’un final bien dissimulé émeut en redonnant l’espoir à l’héroïne courage de retrouver sa voix.

(6.5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 10 jours


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