Critique22. Januar 2024

Critique de «Vivre avec les loups», plaidoirie pour le sauvage

Critique de «Vivre avec les loups», plaidoirie pour le sauvage
© 2024 JMH Distributions SA

Après deux films sur le canidé, le traqueur d’images Jean-Michel Bertrand fait son retour dans les salles. Zoom sur «Vivre avec les loups».

(Une critique de Kilian Junker)

Témoin privilégié de la vie du loup dans sa région, Jean-Michel Bertrand n’est pas dupe : l’animal clive. Et à multiplier les rencontres avec le public aux projections de ses films, il s’est également attiré l’ire des anti-loups les plus féroces… Il profite alors de ce troisième long-métrage pour explorer la voie intermédiaire, celle loin des extrémismes de tous bords, où un verre de génépi maison suffit à mettre autour de la table passionnés du grand prédateur, éleveurs de moutons, bergers et chasseurs.

«La Vallée des loups» en 2016 invitait son spectateur à suivre de manière contemplative le capteur d’images lancé derrière sa quête : enfin débusquer le canidé, véritable fantôme des forêts, dans un coin de France où il n’avait pas encore été documenté. Une forme stimulante, où l’histoire de l’animal côtoie celle de l’homme à l’écran, dans la même veine que «La Panthère des Neiges» ou que «Lynx». Jean-Michel Bertrand avait ensuite tourné «Marche avec les loups» en 2019, dans une configuration mutée exposant les multiples menaces qui pèsent encore sur son animal fétiche. Aujourd’hui, dans «Vivre avec les loups», le cinéaste change encore une fois de régime et fait résonner son film avec les turpitudes politiciennes de l’époque.

Critique de «Vivre avec les loups», plaidoirie pour le sauvage
Jean-Michel Bertrand dans «Vivre avec les loups» © 2024 JMH Distributions SA

Habile mélange de ses captations vidéo montrant des moments privilégiés avec le grand prédateur et tout le cortège de la grande faune de sa montagne, le réalisateur profite pour y intercaler de multiples conversations à bâtons rompus avec les acteurs touchés par son retour. Des jeunes bergers en formation aux éleveurs de moutons haut-valaisans épaulés par les bénévoles de l’association OPPAL, il y dessine une carte des possibles rationnelle, où les solutions ne passent pas forcément par le tir du prédateur. Il transmet ainsi à son public l’urgence de protection entourant toujours cette espèce, mais aussi le soutien nécessaire aux éleveurs, qu’un État de plus en plus démissionnaire disloque toujours davantage… Ahurissant de beauté et de poésie et conscient de ses problématiques, «Vivre avec les loups» est résolument le documentaire de ce début d’année à découvrir en salles.

5/5 ★

Au cinéma depuis le 24 janvier

Plus d'informations sur «Vivre avec les loups»

Bande-annonce de «Vivre avec les loups»

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