Article8. August 2018

Locarno Festival 2018: Masterclass avec Bruno Dumont

Locarno Festival 2018: Masterclass avec Bruno Dumont
© Olivier Vigeri

Dans le cadre d'une masterclass au Locarno Festival, Bruno Dumont, Léopard d'honneur (Pardo d'Onore) 2018, a révélé sa conception du cinéma et certains détails sur la manière de réaliser ses films

Article écrit par Sabrina Schwob et réalisé dans le cadre de la Locarno Critics Academy.

Du scénario au tournage

Pour Bruno Dumont (Ma Loute, Flandres, L'Humanité …), le scénario se rapproche de l'écriture romanesque, comme en témoigne la publication du scénario de L'Humanité. Ceci permet, précise-t-il, d'approfondir la psychologie des personnages et de privilégier le développement d'une intrigue. À partir de ce document, qui en lui-même n'a pas d'intérêt pour le cinéaste, se conçoit le storyboard. Réputé pour ses castings d'acteurs non professionnels, il ne les choisit plus spontanément dans la rue comme auparavant, mais passe par une organisation d'employeurs qui lui fournit une liste de personnes ayant perdu leur emploi et auxquelles il propose alors un rôle.

Elément de l'affiche du film L'Humanité (1999)

Le tournage et la relation aux acteurs non professionnels

Bruno Dumont dit ne plus rechercher, comme c'était le cas dans la Vie de Jésus, à ce que l'acteur ressente effectivement ce qu'il exprime. Les émotions ne doivent pas désormais être éprouvées, mais jouées. Pour rendre compte de la différence entre les acteurs professionnels et non professionnels, il effectue une comparaison avec la musique : le répertoire des amateurs est de trois notes seulement, celui de Juliette Binoche est infini, mais il lui manque la spontanéité des premiers.

Le rapport que le réalisateur entretient avec les acteurs varie également. Les amateurs, avec qui il collabore essentiellement, n'ont notamment pas connaissance du scénario. Munis d'une oreillette, ils sont dirigés pendant le tournage par Bruno Dumont qui, dans une camionnette face à un écran diffusant ce qu'il se passe sur le plateau, donne des indications sur la position qu'ils ont à adopter, sur la manière de réciter le texte, etc. Des dessins au sol marquent leur emplacement. Dans La Vie de Jésus, la caméra s'adaptait au positionnement des acteurs, l'inverse étant monnaie courante.

En raison du niveau de jeu inégal du comédien amateur, une scène n'est jamais jouée en entier, et ce n'est qu'au moment du montage, par un assemblage de plusieurs plans, qu'elle prend vie. De plus, le cinéaste travaillant habituellement avec une seule caméra, la chronologie de la scène se dessine en postproduction. C'est-à-dire, détaille-t-il, que le champ et le contrechamp, par exemple, ne seront pas filmés le même jour.

La vie de Jésus (1997)

Finalement, si le réalisateur semble vouloir laisser le moins de choses possible au hasard, il n'empêche que ce dernier finit toujours par intervenir, reconnaît-il. Dès lors, il faut pouvoir l'accepter et reconcevoir l'idée initiale. Pour le dire avec ses mots : «Tout est improvisé mais pour ce faire, tout doit être préparé...». Bien qu'un ensemble de paradoxes apparaît dans ses propos, ceux-là, loin de discréditer sa démarche, sont au fondement du rapport entre le cinéma et la réalité. Pour atteindre la « matière brute » du réel, le cinéma doit se servir de l'artifice, conclut Bruno Dumont, contradiction qui apparaît à plusieurs étapes de la production d'une œuvre.

Pour tout savoir sur le : Locarno Festival 2018


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