Article15. Dezember 2022

StageCraft, HFR, Screen X : ces révolutions technologiques qui feront le cinéma de demain

StageCraft, HFR, Screen X : ces révolutions technologiques qui feront le cinéma de demain
© WDSMPS

Le tant attendu «Avatar : La voie de l’eau» déboule dans nos salles de cinéma. Porté par James Cameron, un réalisateur de génie qui a d’abord été un technicien hors-pair, travaillant notamment aux effets spéciaux de John Carpenter. Il a révolutionné certaines techniques de cinéma et s’apprête à réitérer avec son prochain «Avatar» tourné en HFR. Retour sur cette nouvelle technique, ainsi que sur les révolutions technologiques qui feront, peut-être, le cinéma de demain.

(Un article de Kilian Junker)

1 - La révolution HFR : le nombre d’images par seconde

Une grande question du cinéma réside dans le nombre d’images par seconde qui s’imprime à l’écran pour insuffler une impression de mouvement. Les frères Lumière projetaient leurs films à 16 images par seconde (ips), tandis que Thomas Edison, à l’époque, tournait autour des 40 ips. Puis lors de l’introduction du son synchronisé au visuel, le choix s’est porté à 24 ips pour produire une bande-son de bonne qualité. Une référence qui est restée la norme, autant du temps de la pellicule qu’aujourd’hui, si bien que beaucoup croient qu’il s’agit de la cadence maximale de perception de l’œil humain.

Or ce n’est pas le cas ! En effet, des études ont prouvé que l’amélioration de la fluidité de l’image était perceptible jusqu’à 240 ips, limite au-delà de laquelle le nombre d’images additionnelles n’avait plus d’incidence sur la perception. Autrement dit, plus de dix fois la cadence utilisée actuellement au cinéma…

Une brèche que les amoureux de la technique ont bien comprise, Peter Jackson le premier. En effet, il fût en chef de file pour utiliser 48 ips dans un film projeté à aussi large échelle : «Le Hobbit, un voyage inattendu» en 2012. En 2019, c’est au tour de Ang Lee et de son «Gemini Man» de s’offrir une cadence d’images plus élevée que la moyenne : 120 images par seconde!

Stagecraft, HFR, Screen X: ces révolutions technologiques qui feront le cinéma de demain
James Cameron utilise la technologie HFR (High frame rate) pour fluidifier la 3D © The Walt Disney Company (Switzerland) GmbH

Des performances qui ont bien évidemment fait de l’œil à James Cameron. Toute sa carrière a été bâtie sur une passion de la technique, et il n’allait pas manquer le coche pour ses différentes suites d’«Avatar» d’ores et déjà prévues, dont «Avatar : La Voie de l’eau». S’il se targue d’être le premier à avoir réalisé de la performance capture sous l’eau (des acteurs filmés physiquement avant d’être transformés ensuite numériquement), il utilisera également la technologie HFR (High frame rate, littéralement haut nombre d’images par seconde) dans ses films. Mais pas n’importe comment !

En effet, si le HFR crée en 3D des scènes d’action extraordinairement fluides, il peut également, dans les scènes statiques, donner une impression hyperréaliste qui sortirait le spectateur de l’histoire. Cameron et ses équipes ont donc étudié leur film, séquence par séquence, pour ajuster au mieux le nombre d’images par seconde qui sera alors projeté selon la scène en question. Un travail stakhanoviste qui promet l’une des expériences 3D les plus saisissantes jamais découvertes au cinéma ! Reste à fréquenter une salle qui soit pourvu du matériel adéquat pour la projection de telles œuvres…

2 - Le «StageCraft» : la fin du fond vert ?

Lorsque Cary Grant, dans «La Mort aux trousses» d’Hitchcock, est poursuivi par un avion dans une scène aujourd’hui mythique, nous faisons en réalité face à une révolutionnaire technique de cinéma. L’acteur jouait en effet devant un écran où était projeté l’arrière-plan mouvant (en l’occurrence le biplan qui était censé l’attaquer). Une technologie géniale à l’époque, nommée la «Rear projection», améliorée au cours des années jusqu’à donner, à l’aide du numérique, le fond vert.

Un arrière-plan de couleur uniforme, souvent vert ou bleu, devant lequel se jouent les scènes et où l’on incrustera ensuite des images par informatique. Une technique bien connue, désormais largement usitée, pour au final un résultat plus ou moins convaincant. Si on a longtemps cru cette technique indépassable, c’est sans compter sur le studio américain ILM ! En effet, au lieu d’incruster en post-production les images d’arrière-plan, ce studio a eu l’idée brillante de remplacer le fond-vert par un immense panneau LED, légèrement incurvé, devant lequel jouent les acteurs. On l’appelle le «Stagecraft».

Et autant dire que les dimensions donnent le vertige : pour la série de la franchise Star Wars «The Mandalorian», l’arc de cercle de l’écran mesurait plus de 22 mètres de long pour 6 mètres de haut, avec un plafond additionnel. Le tout étant, bien évidemment, interchangeable et modulable à volonté. Une technologie qui repousse les limites du réalisme, à l’aide d’un moteur graphique ultra-puissant s’adaptant aux mouvements de caméra. Le tout permet donc un éclairage des acteurs d’autant plus réaliste et un rendu directement visible sur le plateau, en temps réel.

Et s’il est né dans une série télé, le Stagecraft n’en a pas moins conquis le cinéma. C’est par exemple cette technologie qu’a utilisé Matt Reeves dans «The Batman», mais aussi le studio DC dans son tout récent «Black Adam». Si elle ne présente pas que des avantages (elle restreint notamment les mouvements de caméra, pour ne pas dépasser les limites du panneau LED), le Stagecraft semble de plus en plus conquérir les plateaux des superproductions hollywoodiennes.

3 - La technologie de projection

Si comme nous l’avons vu, les nouvelles technologies bousculent les modes de filmage, elles s’invitent également dans la salle de cinéma en elle-même. En effet, la simple projection sur toile évolue, repoussant toujours plus loin les limites de l’immersion. C’est d’abord la technologie des écrans LED qui séduit de plus en plus de salles. L’image de meilleure qualité (meilleurs contrastes, noirs plus prononcés, netteté incomparable…) séduit les exploitants, dont une salle zurichoise qui est l’une des premières au monde à se doter de cette technologie. À la place de la traditionnelle toile, on retrouve 26,4 millions de minuscules ampoules LED, à qui on attribue même une plus longue durée de vie et une consommation énergétique moindre. Alors, est-ce l’avenir de nos salles?

Peut-être, mais ce n’est pas pour autant que les nouveautés technologiques n’affectent pas la projection sur toile en elle-même, qui semble encore avoir un bel avenir devant elle. En effet, outre l’IMAX, le cinéma à 270 degrés prend davantage d’ampleur. Nommée Screen X, la technologie permet une image étirée, non seulement à l’écran de face, mais également aux murs latéraux pour une immersion sans pareille. Résultat, 100% du champ visuel du spectateur rempli par l’image ! Toutefois, vu le faible nombre de salles équipées, cette technologie reste encore balbutiante et s’offre un réel 270 degrés seulement pour certaines scènes clés du long-métrage projeté… Reste à voir si le procédé se développera et s’étendra dans le futur. Mais la révolution, en salles, se trouve aussi au niveau du film lui-même…

4 - La technologie s’immisce dans la narration

Nous avons vu les différentes manières avec lesquelles la technologie peut s’inviter sur le plateau ou dans la salle de cinéma, mais elle peut également s’infiltrer dans le mode de narration de l’œuvre. Et l’un des premiers exemples est bien évidemment le film interactif. Si cela existait déjà grâce au format DVD et s’est développé via les jeux-vidéos, l’émergence des plateformes l’a rendu d’autant plus facile d’accès. Netflix, en troublant la frontière entre jeu et film, a d’ailleurs produit «Black Mirror: Bandersnatch». Un long-métrage de science-fiction interactif, tourné comme un épisode additionnel à la série éponyme.

Toutefois, il n’y a pas que les services de SVOD qui peuvent se targuer de s’offrir des films interactifs. En effet, le Suisse Tobias Weber a sorti le premier long-métrage interactif moderne diffusé en salles, notamment dans le cadre du NIFFF (Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel) en 2016 : «Late Shift». Tout au long du film projeté dans un cinéma, le public présent pouvait ainsi influer sur l’histoire d’un étudiant accusé de cambriolage, tentant de plaider son innocence. Munis de leur smartphone, les spectateurs votaient ainsi pour guider le héros au sein des différentes lignes narratives et pour l’orienter vers l’une des sept fins possibles. Des expériences passionnantes, mais pas forcément faciles à mettre en œuvre, qui peinent encore à totalement prendre en compte la question de l’immersion du spectateur.

5 - Vers une dématérialisation du cinéma

Dans notre tour d’horizon des nouvelles technologies visant le cinéma, l’un des derniers exemples concerne les différents moyens que trouvent les œuvres pour se frayer un chemin jusqu’au spectateur. Si longtemps la salle s’est imposée comme l’unique moyen de découvrir des films, l’émergence de la télévision, des lecteurs de DVDs ou encore des plateformes, a évidemment bouleversé ce mode de visionnage dominant. Et Internet, couplé aux technologies les plus récentes, permet de plus en plus d’innovations dans ce domaine.

L’un des exemples frappants est la mini-série «The Third Day», narrant l’histoire d’un homme (Jude Law) attiré par une mystérieuse île. À la croisée entre les mondes de Lovecraft et le cinéma d’Ari Aster, «The Third Day» est monté en trois parties interconnectées, dont un segment central de douze heures, filmé en plan-séquence et diffusé en direct sur Internet et à la télévision ! Autrement dit, il n’existe plus aucune étape intermédiaire entre le filmage et la diffusion à grande-échelle.

Un pari audacieux, qui n’a pas intéressé que le monde des séries : en effet, «Jour de Gloire» de Cosme Castro et Jeanne Frenkel, est un drame mettant en scène le second tour des élections présidentielles 2022 et diffusé au moment de l’annonce des résultats. Tourné intégralement en direct, accompagné d’une musique jouée parallèlement et instantanément transmise sur Arte.tv, internet et dans une trentaine de salles de cinéma, il s’agit d’un exemple supplémentaire de ce que permettent désormais les nouvelles techniques.

Voilà donc un aperçu, de la production jusque dans le mode de diffusion même du film, des technologies qui feront, peut-être, le cinéma de demain. S’ils sont en effet en constante mutation, les films semblent avoir encore de beaux jours devant eux.

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