News22. April 2024

Visions du Réel 2024: «Far West», le faux silence du temps qui passe

Visions du Réel 2024: «Far West», le faux silence du temps qui passe
© Visions du Réel 2024

10 ans après avoir rencontré les deux protagonistes, le cinéaste Pierre-François Sauter revient dans leur petit village isolé du Cap-Vert pour filmer leur quotidien. Entre la pêche et le foyer, les journées se ressemblent. L’arrivée de touristes pour la pêche au gros vient bouleverser un ordre moins immuable qu’il n’y paraît.

(Un article de Laurine Chiarini depuis Visions du Réel 2024)

Ayant vécu au Mozambique jusqu’à ses 12 ans, Pierre-François Sauter, qui parle couramment le portugais, avait l’habitude de passer ses vacances au Cap-Vert. Au fil des contacts noués lors des repérages dans un village isolé de la côte atlantique, son personnage principal s’est naturellement imposé: Angela, profil atypique et seule femme du village s’adonnant à la pêche, est aussi la plus indépendante. Taciturne, elle partage le quotidien de Jair, un pêcheur. Les rares distractions atteignent leur apogée avec l’arrivée d’un petit groupe de touristes venu pêcher le marlin bleu, activité pour lequel le lieu est un «hotspot» réputé.

La route menant au village n’a été construite qu’en 2020, le rendant jusque-là difficilement accessible. Depuis, quelques touristes, colons d’un nouveau genre, ont commencé à y apparaître. Lors d’un des rares moments où Angela ouvre la bouche, c’est pour saluer un couple de randonneurs qui lui prêtent à peine attention. Son silence tranche singulièrement avec l’avalanche de paroles déversées lors d’un «live» Facebook, au cours duquel un groupe de Russes gagne le championnat mondial de pêche au marlin bleu. Simple, le monde des habitants locaux tranche avec la nouvelle réalité des visiteurs étrangers: si les deux existent en parallèle, ils ne se rencontrent jamais véritablement.

Les images, des plans fixes «montés sur trépied, mais avec l’intensité d’une caméra portée à l’épaule», comme l’explique le réalisateur, font écho à l’existence simple et aux gestes traditionnels maintes fois répétés des protagonistes. Réduite au minimum, parfois à Sauter seul, l’équipe ne connaissait jamais en avance le cours des événements. Placée loin devant les personnages, la caméra dépendait totalement de ce qu’ils allaient faire. Sans artifices, effets de montage, mouvements sophistiqués ou commentaire, les images, dépouillées, permettent d’offrir une présence aux personnages. Venant des arts plastiques et de la photographie, Sauter avait à cœur d’éviter toute artificialité.

Préférant au terme de «documentaire» celui de «cinéma du réel», la directrice de Visions du Réel Emilie Bujès déclarait que cette définition correspondait mieux à ce qui était proposé dans le cadre du festival, soit la rencontre du réel et du cinéma. Décrit comme «quasiment muet» par le réalisateur au vu de l'absence presque totale de dialogues, le film montre, mais ne dévoile pas. Sans contexte ni explications, reste qu’il est difficilement abordable. Dans ce cas, ne reste plus au spectateur qu’à s’en remettre à la composition réfléchie des images, changements de fond et réalité d’une globalisation galopante qui s’annonce.

3/5 ★

«Far West» était présenté dans la Compétition Internationale Longs Métrages 2024.

Bande-annonce de «Far West»

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