La Mission Etats-Unis 2020 – 118min.

Critique du film

Sur les routes poussiéreuses du passé

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Le capitane Jefferson Kidd (Tom Hanks), vétéran de la guerre, vogue de ville en ville pour lire les nouvelles. Un petit spectacle pour un peuple à l’agonie et souvent analphabète. Même si la guerre civile est terminée, les conflits font encore rage au Texas. Un jour, Kidd découvre une charrette renversée et ensanglantée. Non loin se trouve une petite fille (Helen Zengel) qui ne parle pas un traître mot d’anglais. La petite orpheline est à présent entre les mains du capitaine, qui doit la rapatrier dans une famille issue de la communauté agricole allemande. Un voyage semé d’embuches formant une méditation sur des existences brisées.

On découvre un Tom Hanks à la barbe fournie, harassé par la guerre, marqué au fer rouge par le bain de sang dont il a été témoin. Silencieux et réservé, l’homme est un ancien imprimeur, que la guerre a arraché à sa petite vie bien rangée. Sur sa monture, écumant les villes, il tente d’échapper à une douleur intérieure; Jefferson Kidd est un être malheureux. En croisant le chemin de la jeune Johanna, elle-même arrachée à sa famille par la tribu Kiowa, les 2 vont former un duo solide au milieu d’une cinématographie absolument divine signée Dariusz Wolski (Sweeney Todd, The Martian).

La Mission («News of the World») est un western contemporain qui s’articule comme un road-movie tout en nuance et parsemé de quelques notes explosives quand des malfrats cherchent des noises au sympathique «Captain Kidd». En compagnie de Johanna, prénommée «Cigale» par les Kiowa, ils sont deux âmes noircies par la mort, au passé et aux souvenirs brûlés. Greengrass use souvent de longs silences, ne cherchant pas à cabrer son film comme le ferait un cheval en furie. Non, le film galope dans la quiétude d’une réalisation lente, mais il nous manquera peut-être un souffle nouveau, voire un brin d’adrénaline en plus. «Hostiles» de Scott Cooper avait trouvé l’équilibre quasi parfait, entre réflexion sur la barbarie et le western sanglant.

Après sa prestation surpuissante dans Benni en 2019, la jeune berlinoise Helena Zengel voit son entrée hollywoodienne récompensée ici par une nomination au Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle. Deux acteurs de talent, une réalisation léchée, La Mission fonctionne, certes, quelques menus problèmes comme cette lenteur qui peut ennuyer à certains égards, mais Greengrass prouve qu’à travers cette épopée de deux orphelins, son savoir-faire n’est plus à remettre en question.

09.02.2021

3.5

Votre note

Commentaires

Vous devez vous identifier pour déposer vos commentaires.

Login & Enregistrement

CineFiliK

il y a 19 jours

“Il était une fois dans l’Ouest”

En 1870, le capitaine Kidd parcourt les villes texanes pour lire en public les dernières nouvelles. Sa route croise celle d’une jeune orpheline d’origine allemande enlevée et élevée par les Indiens. Le brave homme se donne pour mission de la ramener à ses derniers parents.

Le pouvoir des mots dans un monde reculé, divisé par la Sécession et rongé par l’illettrisme. La force des histoires, théâtres de la vie, sur un peuple blessé, avide de rêves. Les dangers de la propagande et des faits alternatifs qui enveniment médias et faibles esprits. Pas besoin de réseaux sociaux pour évoquer l’actualité. Sur le papier journal, ce western avait de quoi plaire en cherchant à remplacer les balles par les phrases éloquentes, les coups par les points. Pourtant, le rôle de passeur et de réconciliateur du nouvelliste doit se contenter de quelques scènes illustratives. Le sage Tom Hanks l’incarne avec envie mais sans réelle profondeur. Il manque du rugueux, dans ce héros trop lisse pour convaincre entièrement. Face à la petite prisonnière du désert – Helena Benni Zengel –, il joue sans surprise les pères de substitution affrontant avec courage tempêtes et duels au soleil. Quant à la réalisation de Paul Greengrass, on l’avait connue bien plus en tension dans ses œuvres précédentes Vol 93, Green Zone ou Jason Bourne. Mission pas totalement accomplie.

(6/10)Voir plus

Dernière modification il y a 19 jours


Autres critiques de films

Justice League

Zack Snyder's Justice League

The Pink Cloud

Ich bin dein Mensch