The Rider Etats-Unis 2017 – 104min.

Critique du film

The Rider

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

A la suite d’un brutal accident de cheval, Brady Blackburn, jeune prodige du rodéo, devra abandonner la compétition. Voilà ses rêves congédiés et c’est toute une vie qu’il faut réinventer ...

Après son premier long-métrage Les Chansons que mes frères m’ont apprises, la réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao revient avec un film envoûtant et teinté de la mythologie du grand Ouest Américain. Une chevauchée boiteuse mais fière pour Brady Blackburn (Brady Jandreau) qui incarne ici sa propre histoire. L’acteur néophyte a l'aplomb d’un corsaire, une présence chamanique, envoûtante, rare et brutale. En ouverture: les réminiscences d’un cheval en close-up, le souffle de l’animal, guerrier, des flashbacks hypnotiques. Puis le rider se dégrafe le crâne à l'Opinel cranté. Ici aucun artifice, le cowboy libère sa propre plaie. Une bête lui a sabré la tête au sabot, les médecins sont formels, remonter à cheval lui coûterait la vie …

“Qui suis-je? Où vais-je ? Dans quel état j'erre?”... Aux antipodes d’une fascination pour les héros en civil, la cinéaste nous épargne le portrait lénifiant de celui qui brave la fatalité pour réapprendre à vivre au profit d’une fable existentielle: (Re)définir le “soi” pour celui qui ne s’était jamais envisagé au-delà de ses origines de cowboy et Sioux Lakotas, pourquoi avoir végété 3 jours dans le coma pour se réveiller inapte? Le suicide conjurerait-il le sort? … Les milles feuillets de l’homme se déploient dans un tissu social fragile. Les vertiges horizontaux des plaines de Pine Ridge se mêlent aux bavures de l’histoire américaine. Rappelons que les terres de Pine Ridge sont celles du massacre des amérindiens Lakotas à Wounded Knee en 1890 et, au-delà de la masculinité, la réalisatrice questionne l’identité américaine.

La chose est assez rare pour être dite, «The Rider» est un joyau d’une grâce apaisante. Rencontrés en 2013 sur le tournage de son précédent film, la famille Jandreau et la majorité des protagonistes incarnent leur propre histoire. Le film nous offre des moments d’une complicité délicate: avec sa petite soeur Lily atteinte du syndrome d’Asperger, lorsqu'il rend visite à son ami Lane, ancien cador du rodéo resté tétraplégique, et jusqu’aux accrocs inévitables avec son père. Cela aurait pu être pleurnichard mais «The Rider» se révèle être une épopée philosophique contemplative, naturaliste et organique. Un deuxième long-métrage comme une ode à la vie et à l’Outback du Dakota. Si nous en doutions encore, Chloé Zhao prouve une nouvelle fois qu’elle est l’une des réalisatrices les plus prometteuses de sa génération.

23.04.2018

4

Votre note

Commentaires

Vous devez vous identifier pour déposer vos commentaires.

Login & Enregistrement

vincenzobino

il y a 2 ans

Le sentier de la perdition
Brady ne vit que pour les chevaux, que ce soit comme dresseur ou participant de rodéo. Une mauvaise chute précipite son destin et en Apollo, un magnifique étalon, il pense trouver sa thérapie convalescente. Mais lorsque son père endetté est contraint de vendre le cheval, Brady ne peut se résoudre à l'abandonner.
Un humain et un cheval proches, tous deux blessés: cela ne vous rappelle-t-il point un chuchoteur cow-boy et une jeune fille tétraplégique? Il y a effectivement un peu de Evans dans ce Rider, mélange entre la sagesse de Booker et l'impatience de Grace. Mais contrairement à l'aspect fictif et à la révélation finale que les faits exposés sont fictifs, l'on devine aisément que Brady acteur a vécu une expérience similaire. La présence des acteurs incarnant sa sœur trisomique et leur père et le lien unissant le trio d'interprètes donne un aspect documentaire très fort au film. Avec à la fois, une thérapie puissante sur la relation "anthrhippo" illustrée par Apollo et le lien l'unissant à son cavalier, et une réalité sur la consommation illustrant une certaine hypocrisie.
L'on en ressort marqué tant par la ténacité de Brady que par l'ignominie des rodéos et l'ultime séquence sur son intégralité devrait faire office de modèle.
Acteurs saisissants, photographie magnifique et BO country entraînante: un très bel hymne à recommander...Voir plus


CineFiliK

il y a 2 ans

“On achève bien les chevaux”

Une chute brutale et un coup de sabot terrible. Brady se réveille, une plaque métallique greffée dans le crâne. S’il se remet en selle, le rodéo et l’équitation pourraient le tuer.

C’est un sport d’une rare violence, qui fait de l’homme, un mannequin désarticulé, agrippé au dos d’un cheval devenu fou. Quelques secondes suffisent alors pour emporter les rêves d’une gloire espérée. Le rodéo, c’est la vie, pas le paradis.

Le jeune Sioux Bradley est une flèche brisée. L’existence ne lui a fait aucun cadeau : une mère morte, un père joueur, une petite sœur handicapée et son meilleur ami, aujourd’hui paraplégique. Son seul bonheur, il le consume en murmurant à l’oreille des chevaux.

Le constat fait craindre le misérabilisme. D’autant plus que, des personnages à leurs histoires, tout est dit vrai dans ce western désenchanté. La réalisatrice évite le piège tendu en sublimant la beauté des paysages et l’amour qui demeure entre tous ces cabossés. Mais, c’est dans les scènes associant l’homme à l’animal qu’elle parvient à nous voler des larmes. On achève bien les chevaux.

7.5/10Voir plus

Dernière modification il y a 2 ans


Autres critiques de films

Justice League

La Mauvaise éducation

God Exists, Her Name is Petrunya

Douleur et gloire