Coma France 2022 – 80min.

Critique du film

Méfiez-vous du rêve des autres

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

En plein confinement à Paris, une adolescente isolée (Louise Labeque) se perd dans ses rêves, entre les murs de sa chambre. Chaque nuit, elle se retrouve au crépuscule dans un cauchemar étrange, la jeune fille projette ses angoisses sur ses poupées Barbie et passe le temps en regardant une chaîne Youtube créée par une étrange Patricia Coma (Julia Faure) à qui elle a acheté un étonnant petit jeu. Ainsi le rêve se confond au réel dans une œuvre fantomatique, et la voici errante dans les limbes, cette zone particulière, où la tête s’évade, faute de ne pouvoir aller ailleurs.

Cinéaste français iconoclaste et réalisateur notamment en 2014 de Saint Laurent avec le regretté Gaspar Uliel, qui prêtait ici sa voix à l’un des personnages, Bertrand Bonello s’est composé une œuvre singulière. Notons Zombie Child ou encore Nocturama en 2016, un film qu’il dédiait d’ailleurs à sa fille et voilà qu’il s’adresse une nouvelle fois à sa chère Anna. Derrière ses airs de fabulations lynchéennes, Coma emprunte à Mulholland Drive et Lost Highway, pour parler des affres du confinement, celui-là même qui, d’avoir tué le présent, nous renvoyait précisément à nous-mêmes. Des confidences prononcées sur un montage stroboscopique en ouverture paraphent peut-être le film le plus personnel du cinéaste. Un sujet déjà éculé, victime d’un engouement trop immédiat, mais Coma se fait la quintessence sensorielle de l’isolement.

Louise ​​n’a plus rien qui la raccroche au réel, ni ses amies, qu’elle contacte sur Zoom, ni la psychologie déroutante de cette étrange Patricia Coma. Coma nous parle de libre arbitre, de déterminisme puis de catatonie. Des angoisses qu’elle transfère sur ses Barbie aux hilarantes saynètes façon Melrose Place qui en découlent, à son entretien lunaire avec un tueur en série, les errances de Louise se mêlent à la voix de Gilles Deleuze dont l’épigraphe hante la pellicule : "Méfiez-vous du rêve des autres". Et Bertrand Bonello d’y mélanger les sons et les formats (stop-motion, dessin, caméra de surveillance …) dans un geste fabuleusement cinégénique.

(Berlinale 2022)

18.02.2022

4

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