On est fait pour s'entendre France 2021 – 93min.

Critique du film

En amour, difficile de bien s’écouter

Critique du film: Eleo Billet

Troisième réalisation de Pascal Elbé, ce dernier se met à l’honneur dans le rôle-titre aux côtés de Sandrine Kiberlain pour nous conter une histoire d’amour, inspirée tant du roman «La Vie en Sourdine» que de son expérience personnelle. En résulte un récit lent, comique et désuet sur les difficultés à écouter les autres lorsque l’on croit perdre l'essentiel et que l’on n’entend que soi-même.

Trois vies, distantes d’un étage pendant quelques jours, finissent par se rencontrer autour d'un conflit de réveil. D'un côté, Antoine (Pascal Elbé), professeur renfermé suite aux mésententes avec son entourage et la découverte de sa surdité. De l'autre, Claire (Sandrine Kiberlain), paysagiste qui prend un nouveau départ chez sa sœur et sa fille Violette (Manon Lemoine), mutique depuis la mort de son père.

Si certains longs-métrages ont traité la perte de l’audition comme un drame, le récent Sound of Metal en est un exemple, Pascal Elbé a choisi la comédie romantique. Même si le protagoniste est un homme, fait rare dans ce genre de films, une importance similaire est donnée à Claire, sa voisine, puisque leurs quotidiens sont suivis également jusqu’à leurs brutales confrontations. Difficile dès lors d’envisager une relation romantique lorsque l’un traite de folle l’autre qui le gifle, si ce n’est un amour forcé, convenu, qui n’emporte jamais. À l’inverse, les liens tissés entre Violette et Antoine et leur ouverture autour de leurs obstacles communs sont très touchants et réalistes, même s’ils auraient mérité plus de développement avant que le scénario ne les déclare père et fille de substitution.

Malgré leur talent, jamais les acteurs ne rendent crédible leur romance ou leurs tourments alors qu’ils sont brillants dans leurs coups d’éclats, de haine comme d’humour. Néanmoins, on ne peut qu’être enthousiasmé par le jeu de Manon Lemoine, qui parvient à émouvoir sans prononcer un mot. D’ailleurs, sa reprise soudaine de parole est grossière et rompt le charme, puisqu’elle est traitée comme l’énième case à cocher d’une comédie feel good.

Malheureusement, la mise en scène ne parvient pas à rattraper les écueils de l’intrigue, ni même à la porter efficacement, et ses fulgurances sont d’ailleurs si rares, au milieu de la réalisation convenue, que l’on aurait pu espérer qu’elles portent chacune un thème mais leur seule intention est esthétique. Lors d’une embrassade dans un miroir, un plan séquence jusqu’à un téléphone sonnant dans le vide ou une réceptionniste angélique, on se prend à espérer plus que ce que le film est en mesure de nous offrir et la frustration guette. Même le travail des sons, indispensable dans un film autour de l’ouïe, se révèle décevant puisque rare sont les scènes d’immersion aux côtés d’Antoine si ce n’est pour apprécier les bruits stridents des appareils auditifs.

De fait, Pascal Elbé nous parle ici moins du handicap, et des moyens matériels de vivre avec, que de ce qu’il renvoie de nous, dans le cas d’Antoine un homme renfermé, sans empathie et surtout vieux, qui n’est donc plus désirable. Le personnage va d'ailleurs évaluer son sex-appeal en enchaînant, suite à sa rupture, les rendez-vous avec des collègues bien plus jeunes. Tous se solderont par des échecs, ce qui finira par pousser Antoine dans les bras de Claire. Aussi, la surdité sert ici de prétexte pour enchaîner les quiproquos et les situations absurdes avec la grande variété de personnages qui gravitent autour d’Antoine.

Si cet entourage est efficace comme moteur du changement d'Antoine face à ses relations toujours plus dissonantes, il manque de caractérisation en profondeur. Pire encore, il génère un si grand nombre de conflits que lorsqu'il ne reste au scénariste que 10 minutes pour conclure, ce dernier abandonne la plupart des pistes lancées et ne résout que l'histoire d'amour d'une façon prématurée en un anti-climax, en annonçant le mariage avant même la réconciliation. Ainsi, oubliés les insultes envers une collègue, la dépendance à un appareil auditif onéreux, le manque d’attention porté à ses élèves, les mensonges d’un ami ou encore le départ prochain de sa mère à l’EMS car finalement rien n’a d’importance, ni pour Antoine, ni pour Pascal Elbé.

19.11.2021

2.5

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