The French Dispatch Allemagne, Etats-Unis 2020 – 108min.

Critique du film

Défilé de stars pour film désincarné

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

Labélisé Cannes 2020, c’est finalement cet été que le film a déboulé sur la Croisette en sélection officielle. 3 ans après Isle Of Dogs, Wes Anderson revient avec un dixième long métrage, The French Dispatch, un film magistralement réalisé, mais en mal d’émotion.

L’histoire se déroule à Ennui-sur-Blasé, bourgade où il ne se passe logiquement pas grand-chose, dans la rédaction de « The French Dispatch » dirigé par le rédacteur en chef Arthur Howitzer Jr. (Bill Murray). Pour son dernier numéro, les journalistes des rubriques phares du magazine, sillonnant les routes du pays en quête de matière pour leurs articles, racontent tour à tour les récits d’un artiste peintre sous les verrous, d’un chef cuisinier travaillant dans un commissariat, et de deux jeunes étudiants aux prises avec leurs idées politiques. Suite au décès de Howitzer, les reporters sont réunis à la rédaction une ultime fois pour rédiger la nécrologie de ce dernier.

Le dernier long métrage de Wes Anderson est un étendard de toute la maîtrise qu’il a acquise au cours de sa carrière de cinéaste autodidacte. Tous les éléments caractéristiques de son cinéma s’y retrouvent : couleurs saturées, symétrie des cadrages et sujets centrés, atmosphères rétro, musique omniprésente - Alexandre Desplat à l’œuvre ici -, personnages progressant à la façon de pantins et leur phrasé typique du cinéma du réalisateur texan. Tout y est, et plus encore.

Si Wes Anderson n’a clairement plus rien à prouver quant à son savoir-faire, The French Dispatch étale avec encore plus d’impertinence que les films précédents la maestria du réalisateur. Son souci, pour ne pas dire son obsession du détail, ses plans et scénarios d’une abondance narrative ahurissante, ses couleurs vives, mélangées également à du noir et blanc et du dessin animé, donneraient presque le tournis. Le tournis nous guette aussi en observant le défilé de stars présentes au casting. Le film détient probablement le record d’actrices et acteurs de renom au mètre carré. Il y a les fidèles parmi les fidèles d’Anderson, et beaucoup d’autres : Bill Murray, Owen Wilson, Tilda Swinton, Timothée Chalamet, Frances McDormand, Benicio Del Toro, Adrian Brody, Jeffrey Wright, Willem Dafoe, Saoirse Ronan entre autres. Le film tourné dans l’Hexagone, à Angoulême, fait aussi la part belle à un casting français costaud : Léa Seydoux, Mathieu Amalric, Cécile de France, Denis Ménochet, Lyna Khoudri, ou Guillaume Gallienne, pour ne citer qu’eux. Pour le dire simplement, même les figurants sont des têtes connues. De quoi affréter un bus pour transporter tout ce petit monde direction le tapis rouge cannois du 12 juillet dernier.

Mais voilà, la plus grande force de Wes Anderson est probablement aussi sa plus grande faiblesse. À force de maîtrise, le film manque cruellement d’âme. Ultra-dense dans son propos et dans ce qu’il propose à voir, à lire, à écouter, et finalement ardu à comprendre et à résumer, The French Dispatch enchaîne les saynètes, des histoires dans l’histoire, impressionne par sa qualité visuelle et narrative, mais finit par abandonner le spectateur sur le bord de la route. Plus « andersonien » qu’Anderson, The French Dispatch, dans son rythme frénétique dépourvu de latence, oublie de dépeindre des personnages incarnés auxquels on pourrait réellement s’attacher. À bout de souffle, on respire enfin à la fin du film, après avoir autant admiré que suffoqué. De la maestria du cinéaste à un récit figé, peuplé de protagonistes vidés de leur substance, on souhaiterait parfois que l’habileté sensationnelle et insolente de Wes Anderson soit au service de plus d’imperfection.

25.10.2021

3.5

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Commentaires

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Eric2017

il y a 4 mois

Que dire de ce film au casting impressionnant ! Et bien en ce qui me concerne c'est très mitigé. Dans le positif je dirais qu'il y a une photographie magnifique, des décors somptueux, une interprétation de Léa Seydoux et Del Toro absolument grandiose, certainement le meilleur moment du film. Dans le négatif, je l'ai trouvé long et ennuyeux. Il est juste de dire que ne parlant pas l'anglais, je dois suivre les sous-titres en permanence et comme les dialogues originaux sont d'une telle rapidité qu'il m'a forcément manqué la possibilité d'une immersion totale dans ce nouvel opus de Wes Aiderson. (G-02.01.22)Voir plus


Sequoia

il y a 6 mois

On sait que Wes Anderson est particulier et lorsqu’on va voir The French Dispatch, on y va en connaissance de cause, certes, mais trop c’est trop. Contrairement à The Isle of dogs et The Grand Budapest Hotel, ce dernier opus est d’un ennui certain, d’un humour plat, d’une banalité déconcertante. Vous trouvez drôle que la ville fictive où se déroule l’action du film s’appelle “Ennui-sur-Blasé”? Et ce n’est qu’un exemple parmi une centaine. Les “traits d’esprit” sont à pleurer, les clins d’œil et les “hommages” foisonnent sans susciter le moindre intérêt et là où on aurait pu s’attendre à de l’esprit on se retrouve avec du maniérisme et des platitudes.Voir plus


CineFiliK

il y a 6 mois

“Presse locale”

Arthur Howitzer Jr., rédacteur en chef du French Dispatch, vient de mourir. Son équipe de reporters lui dédie l’ultime numéro de ce magazine américain.

Une nécrologie et trois articles animés prennent alors vie. Dans la petite ville d’Ennui-sur-Blasé, qui accueille l’antenne française de la dépêche, un condamné amoureux devient un peintre convoité, les étudiants manifestent entre les pavés, et un chef cuisinier aide au sauvetage épique d’un enfant kidnappé.

Alors que les illusions perdues de Xavier Giannoli et de Bruno Dumont pourfendaient il y a peu la presse et les médias, Wes Anderson préfère lui rendre hommage à travers de virevoltantes historiettes dans un Angoulême d’un autre temps. La règle étant de pouvoir écrire librement, mais toujours avec intention. Et surtout, pas de larmes dans les bureaux. Sur le générique final, les unes affichées du French Dispatch évoquent celles du New Yorker. Parmi ses journalistes tout-terrain figure notamment un double de James Baldwin.

On aime Wes Anderson pour son théâtre foisonnant aux multiples marionnettes. La minutie symétrique de ses décors, le soin exigé pour chaque détail visible dans un plan. Reconnaître çà et là les visages illustres de la distribution étoilée qui se dissimulent sous les postiches ou derrière de factices moustaches fait également partie du jeu. Néanmoins, l’opulence des références et ce perfectionnisme quasi maladif finit par étouffer la pièce montée au format carré. Extrêmement bavard, le film mélange anglais et français dans un débit de mitraillette impossible à suivre. S’accrocher aux sous-titres ne permet plus d’apprécier l’image qui alterne couleurs et nuances de gris, comme une coquetterie. Il manque des silences et des arrêts sur image pour apprécier l’ensemble à sa juste valeur. Car ce travail d’orfèvre est un bijou fantaisie ciselé, une maison de poupées stylisée ou du modélisme à propulsion sophistiqué avec lesquels il est malheureusement difficile de jouer.

(7/10)Voir plus

Dernière modification il y a 6 mois


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